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« Pôles » : le texte de Joel Pommerat porté sur scène par son auteur

Lire ou voir une pièce de Joël Pommerat est un grand moment théâtral tant son œuvre est unique et singulière.

Fondateur de la compagnie Louis Brouillard en 1990, il crée plusieurs pièces dont Au monde, Les marchands, Le petit chaperon rouge, Cercles… Il a une vision du réel qu’il aborde dans ses multiples aspects matériels et imaginaires en vue de créer un théâtre visuel à la fois intime et spectaculaire.

Dans une de ses anciennes pièces, Pôles, dont la mise en scène est assurée par Christophe  Hatay, le temps se promène entre flash-back, changement d’époque, mémoire perdue et retrouvée.

Des personnages en perdition tentent désespérément de sortir du tunnel dans lequel ils sont englués, prisonniers de leurs attentes, de leurs espoirs déçus, de leurs échecs à répétition…

Dans un immense local à l’atmosphère étouffante et à l’éclairage blafard ou criard, Elda Older tente de réunir son frère sculpteur, son modèle, son voisin Jean pour une commémoration de la « signature de la Paix ». Mais elle a d’atroces migraines et des troubles de mémoire.

Elle y retrouve un personnage qu’elle a connu vingt ans auparavant, Alexandre-Maurice, accusé d’avoir tué sa mère.

Lui ne s’en souvient plus et est devenu quasiment mutique. Elda tente d’aider cet homme à reconstituer son passé traumatisant.

D’autres personnages tout aussi marqués par le sort gravitent autour d’eux, entre passé et présent : le voisin Jean, en attente de son jour de gloire à la parution de son livre qui ne sortira jamais ; Jessica, ancienne compagne-Maurice, veut s’amuser et sortir de cette ambiance glauque ; le frère d’Elda, artiste qui vit au crochet de sa sœur, Salz, le frère musicien qui parcourt les routes d’Europe ; et enfin la mère omniprésente mais que l’on ne voit jamais.

On pense de suite aux personnages des pièces d’Hanokh Levin, tels des pantins désarticulés, perdus, inadaptés et empêchés dans leur parole, ou à l’inverse pris dans des logorrhées verbales sans fin, illustrant l’absurdité de leur vie et leur pauvre effort pour exister.

Pathétique et humaine histoire que cette œuvre majeure du théâtre contemporain que nous offre Joel Pommerat. À (re)découvrir.

Pôles, actuellement au Studio Hébertot.

Si vous désirez aller plus loin :

Pôles, suivi de Grâce à mes yeux, de Joël Pommerat, aux éditions Actes Sud. 127 pages. 17,00€.

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