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« Room 514 », de Sharon Bar-Ziv

Comme l’a exposé si brillamment il y a quelques semaines Ariel Schweitzer lors de la sortie de son nouveau livre, Le nouveau cinéma israélien, il est des sujets sur lesquels les réalisateurs israéliens reviennent, et reviennent sans cesse.

room 514 sharon bar-zivOutre ceux de la place de la femme dans la société, de la religion ou de plus en plus de l’homosexualité, les nombreux conflits qui opposent Israël à ses voisins, et Tsahal sont privilégiés.

Une fois n’est pas coutume donc, Room 514, qui sort en salles le 9 octobre, immerge littéralement le spectateur dans un huis-clos étouffant, sur fond d’intrigue militaire.

Anna, soldate à qui il ne reste plus que trois semaines de service, est chargée de mener une ultime enquête dans laquelle est impliquée le commandant Davidi, de la Brigade des Loups, une unité d’élite de Tsahal, et certains de ses hommes, accusés d’avoir abusivement arrêté et maltraité une famille palestinienne pendant la nuit de la Pâque. Reconnu et distingué, refusant d’être interrogé par un subalterne – une femme qui plus est, le jeune officier va tenir tête à l’enquêtrice, qui subit par ailleurs des pressions afin de l’obliger à abandonner cette affaire. En s’en prenant au commandant Davidi, c’est à la politique de l’Etat d’Israël qu’elle s’attaque.

Déterminée à faire toute la lumière, la jeune femme s’engage alors dans un bras de fer dont elle ne semble pas mesurer toute la portée.

S’il traite des abus dont pourraient être responsables certains soldats de l’armée israélienne dans les territoires de Judée-Samarie, Room 514 met également en avant de nombreux autres sujets. Celui de la position de la femme au sein de Tsahal, notamment lorsque celle-ci est amenée à enquêter sur des soldats plus gradés qu’elle. Sur la loyauté lorsqu’un subalterne témoigne contre sa hiérarchie ensuite, ainsi que sur les tensions entre appelés et engagés qui risquent chaque jour leur vie sur le terrain, et acceptent mal d’avoir à justifier leurs actes à des personnels administratifs. Enfin, sur la différence entre sabras – les Juifs nés en Israël, et les immigrés ou enfants d’immigrés, dont fait partie Anna.

Room 514 est donc un huis-clos. A l’exception de 2 scènes tournées dans un bus, le spectateur ne quitte pas la salle d’interrogatoire, au même titre qu’Anna… Les seuls éléments laissant penser qu’il y ait quelque chose au-delà de cette « salle 514 » sont les bruits de pas qu’on entend s’approcher ou s’éloigner. Mais sans jamais voir de couloir.

Tourné en 4 jours dans une unique pièce, à la fois par contrainte budgétaire mais également pour faire ressentir au spectateur toute la pression que subissent chacun des protagonistes, comme une « cocotte-minute prête à exploser à tout moment », le risque pris par Sharon Bar-Ziv, qui signe ici son premier long-métrage, aurait pu être de faire un film long et ennuyeux. Pourtant, si certaines scènes apportent à l’histoire des éléments d’une importance toute relative, et si nombre de plans longs et étroits s’y immiscent, rendant par moments le film un peu longuet, Room 514 est intéressant de par son sujet, sa mise en scène inhabituelle, et le jeu de ses acteurs qui sont brillants – tous sont d’anciens officiers ayant servi dans des unités spéciales ou combattantes de l’armée israélienne, ce qui explique sans doute leur extrême crédibilité. La scène où le commandant Davidi craque est particulièrement bouleversante.

Room 514, de Sharon Bar-Ziv, en DVD.

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