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« Shiva Baby » : les affres d’une jeunesse paumée vues par Emma Seligman

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La journée va être compliquée pour Danielle. La jeune fille sort des bras de son amant-client, Max, pour se préparer à rejoindre la famille.

Elle a promis à ses parents de les accompagner à une « shiva » alors qu’elle ne se souvient quasiment pas de la disparue. Mais il faut faire plaisir et se montrer une bonne fille.

La cérémonie a été visiblement expédiée et l’on s’entasse dans la maison familiale pour ripailler ensemble. C’est l’occasion de revoir les membres de la famille et de la communauté, faire connaissance avec le nouveau rabbin, prendre des nouvelles et en donner. A ce jeu, Danielle n’est pas des plus à l’aise. Elle termine des études dont la finalité n’apparaît clairement aux yeux de personne, pas même aux siens.

Elle revoit son amie d’enfance, Maya, avec laquelle elle a eu un peu plus qu’une simple expérience homosexuelle et qui la pourchasse encore de ses assiduités. Elle prétend boucler ses fins de mois en faisant du baby-sitting, mais sur son téléphone les messages sont plutôt ceux d’hommes mûrs en quête de sexe.

Elle n’aime pas ce qui est proposé en guise de buffet, parce qu’elle se prétend végétarienne ; ou parce qu’elle n’a pas envie de manger ; ou parce qu’elle ne supporte pas l’ambiance familiale.

D’ailleurs, on lui fait bien sentir qu’elle est trop maigre. Elle ne peut qu’avoir du mal à profiter de ce qui l’entoure.

Mais la cerise sur le gâteau, c’est lorsque débarquent soudain Max, son épouse et leur bébé. Etrange et gênante confrontation entre deux univers. Comment justifier que l’on se connaisse ? On s’est rencontré à la synagogue peut-être ? Et bien entendu, l’épouse est une jolie blonde à son aise, auto-entrepreneuse qui réussit socialement tout ce qu’elle entreprend, capable et séduisante. Bref, l’idéal pour se faire à priori détester de Danielle.

Danielle, pas encore vingt ans, à peine adulte, se mesure à tout ce qui peut poser problème à une jeune fille juive de bonne famille en 2020 : le poids des parents, le sirop gluant des conventions sociales, le questionnement lancinant sur la sexualité, la question de la bisexualité, les relations hommes-femmes, l’ancrage quotidien et permanent des réseaux sociaux, la place de la femme dans la société contemporaine, la finalité des études universitaires dans un univers instable, les pesanteurs de la judaïté…

Tout cela distillé au long d’un film très maîtrisé qui tourne autour de la jeune femme et démontre, sans pesanteur mais non sans humour, la spirale infernale que peut subir la jeunesse de nos jours.

Shiva Baby, d’Emma Seligman, actuellement disponible en ligne sur le site du FFFJ.

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