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« Si je reviens un jour », le roman graphique de Stéphanie Trouillard et Thibaut Lambert

À l’occasion du cinquantenaire du lycée Jean de la Fontaine, dans le 16ème arrondissement de Paris, Anne-Marie Malingrey, jadis professeure de latin-grec de l’établissement, convie chez elle d’anciennes élèves, qu’elle connaît depuis maintenant plus de quarante ans…

Lors de ces retrouvailles, l’institutrice va ressortir d’une armoire le cartable rempli de lettres et d’anciennes photographies de Louise Pikovsky, l’une des ses élèves les plus douées et à qui elle a enseigné de 1941 à 1943. Durant plusieurs mois, la jeune fille et sa professeure de lettres ont entretenu une correspondance soutenue. 

Juive, portant l’étoile jaune, Louise a quinze ans et vit à Boulogne-Billancourt avec ses trois frères et soeurs, et ses parents. Sa mère, Barbe est la petite-fille du Grand rabbin de Colmar ; quant à son père, Abraham, qui prendra le prénom d’Albert lors de son arrivée en France dans les années 20, il est originaire de Nikolaïev, en Ukraine, ville que sa famille et lui ont fui lors des pogroms qui ont suivi en 1881 l’assassinat du tsar Alexandre II.  

Pensant trouver dans la patrie des Droits de l’homme un refuge, Albert sera arrêté à l’été 1942 lors de la Rafle du Vél d’Hiv et conduit à Drancy, puis finalement relâché un mois plus tard. Un soulagement qui ne sera que de courte durée cependant…

22 janvier 1944. La police française se rends chez le famille Pikovsky. Albert est de nouveau arrêté, quant à Barbe et à leurs quatre enfants, ils ont une heure pour prendre quelques affaires, et se préparer à partir pour une destination inconnue. Dans la précipitation, Louise court chez Madame Malingrey, et lui laisse son cartable ainsi qu’un mot avant de revenir au domicile familial. 

« Nous sommes tous arrêtés. Je vous laisse les livres qui ne sont pas à moi et aussi quelques lettres que je voudrais retrouver si je reviens un jour. Je pense à vous, au Père et à mademoiselle Arnold. Je vous embrasse. Louise. » 

Louise Pikovsky, 22 janvier 1944.

La dernière lettre de Louise à Mademoiselle Malingrey est datée de ce 22 janvier 1944, jour de son arrestation. Le 3 février, la famille Pikovsky est déportée vers Auschwitz par le convoi numéro 67. Ils seront tous assassinés dès leur arrivée. 

Si je reviens un jour. Les lettres retrouvées de Louise Pikovsky, écrit par Stéphanie Trouillard et mis en images par le dessinateur belge Thibaut Lambert, raconte cette histoire.

En 2010, Stéphanie Trouillard, journaliste sur France 24, et Khalida Hatchy, l’une des enseignantes du lycée La Fontaine qui va récupérer par hasard les lettres, ont souhaité ensemble retracer le parcours de Louise Pikovsky à travers de nombreux témoignages – dont ceux de Danièle Schlammé et Françoise Szmerla, cousines de Louise Pikovsky -, et documents qui les mèneront jusqu’à Jérusalem.

Revenant sur les heures noires d’une France alors marquée par les rafles, les disparitions étranges et les déportations vers l’Est, ce très bel album contient également, sous forme d’épilogue, de nombreuses photographies d’archives – dont la photo de classe de l’année scolaire 1943-1944 sur laquelle Louise, à la demande de Mademoiselle Malingrey, a retiré son étoile jaune -, des fac-similés de lettres d’août 1943, une biographie de la famille Pikovsky…

Soixante-quinze ans après la libération des camps de concentration, et alors que l’antisémitisme connait une résurgence partout dans le monde, Si je reviens un jour. Les lettres retrouvées de Louise Pikovsky se révèle essentiel à la fois pour perpétuer la Mémoire, mais aussi pour éviter que de tels catastrophes ne se reproduisent.

Si je reviens un jour. Les Lettres retrouvées de Louise Pikovsky, de Stéphanie Trouillard et Thibaut Lambert, aux éditions Des ronds dans l’O. 112 pages. 20,00€.

Si vous désirez aller plus loin :

Holocauste, une nouvelle histoire, de Laurence Rees, aux éditions Livre de Poche. 872 pages. 9,90€.
Histoire de la Shoah, de Georges Bensoussan, aux édition PUF. 128 pages. 9,00€.
Atlas de la Shoah. La mise à mort des Juifs d’Europe. 1939-1945, de Georges Bensoussan, aux éditions Autrement. 96 pages. 19,90€.

Et pour la jeunesse :

La Shoah, des origines aux récits des survivants, de Philip Steele, aux éditions Gallimard jeunesse. 96 pages. 19,95€.
Histoire de la Shoah : de la discrimination à l’extermination, de Clive A. Lawton, aux éditions Gallimard jeunesse. 8 pages. 14,00€.
Auschwitz, de Pascal Croci, aux éditions EP. 64 pages. 16,00€.

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