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« Skylight », ou les conflits d’un couple amoureux…

« Skylight » : lumière du ciel ? puits de lumière ? ouverture ? espoir ? Il semble difficile de le trouver, cet espoir, dans le bien modeste appartement de Kyra.

Cuisine, salle d’eau, chambre et salon, tout en un, l’espace entièrement quadrillé par des barres métalliques, au sol, au plafond, partout. Comme si Kyra, était enfermée dans quelque cage, celle de ses contradictions, de ses erreurs, de son passé.

Difficile de le voir apparaître, cet espoir, par les vitres du fond, bien sales et en triste état, plus proches de vitres de garage que de celles d’un appartement. En plus il fait froid. En plus il va neiger.

Cet appartement, cette vie, ce présent, ont été son choix. Elle travaillait jadis dans le premier restaurant tenu par Tom et Alice, et était devenue une amie de la famille, une familière des enfants, surtout du petit dernier, Edouard. Mais elle avait commis l’erreur de coucher avec son patron, Tom, et lorsqu’Alice s’en était aperçue, du jour au lendemain elle était partie. Elle avait choisi de s’enfermer dans cet appartement, de s’exiler dans ce quartier nord et pouilleux de la ville, de se mettre à travailler comme enseignante dans l’école la plus dure. Skylight ? Nulle part…

Alors, lorsque, successivement, Edouard, puis Tom, viennent la trouver, la situation devient bouleversante pour Kyra, et tout, absolument tout, remonte à la surface.

Et, tandis que la neige danse inexorablement son ballet dans le ciel, toute la soirée va devenir un long, très long déchirement, entre elle, Kira, blessée à mort dans ses espoirs de jeune femme fragile, et lui, Tom, fou de douleur parce qu’après avoir perdu sa femme, Alice, morte d’un cancer, il s’avère incapable de reconquérir Alice, qu’il a toujours aimée.

Toute la soirée va être une sorte de duel, parfois tendre, parfois cynique, parfois atroce, entre la logique de celle qui a choisi de se battre du côté des exclus de la société, et celui qui ne jure que par la réussite sociale ; entre celle qui a choisi de se consacrer au bonheur des autres et celui qui, depuis longtemps, a décidé que les autres devaient s’efforcer de faire son bonheur à lui.

Ce ne sont pas deux individus qui s’opposent, mais deux logiques, deux modes de vie, deux conceptions de l’Homme et de la vie.

Tout au long des presque deux heures que dure la pièce, nous assistons à un combat homérique fait d’énergie, de volonté et de rancœurs accumulées, auquel se livrent Marie Vialle, Patrick Catalino et Sacha Ribeiro, interprètes tout à la fois fébriles, nerveux, exaltés et survoltés, sous la direction précise et inventive de Claudia Stavisky.

Le texte est d’une qualité et d’une force qui n’est pas sans évoquer aussi bien Harold Pinter qu’Ingmar Bergman dans leurs plus grands moments.

Skylight, actuellement au théâtre du Rond-Point.

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