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« The day after I’m gone » : le film de Nimrod Eldar au Festival du Cinéma Israélien

Ce film voyage quelque part, entre Ingmar Bergman et Vim Venders, et entre Tel Aviv et les territoires de Cisjordanie.

Yoram, le père, a cinquante-cinq ans, il est chirurgien dans le parc zoologique de Tel Aviv, compétent et respecté dans son métier, qu’il exerce avec courage et patience. Les animaux, il les connaît bien. Ce qu’il connaît moins, ce sont les hommes, et surtout les femmes. Il faut dire, Yoram, qu’il raisonne à partir de proverbes d’usage courant dont il croit fondée la sagesse, et qu’il vient tout juste de perdre son épouse, Rachel. Le voilà seul au monde, dans cet univers, à s’occuper de son adolescente de fille, Roni, dont il voudrait seulement qu’elle ne soit plus une enfant, plus vraiment, plus totalement.

Roni fait une tentative de suicide, et ce geste désespéré — qui les laisse époumonés de désespoir, elle la fille, et lui le père, incapables, tous deux, de gérer la situation —, va pourtant les mener à enfin se confronter ou, plus simplement, se parler : on sait comme c’est difficile à cet âge de la vie, « l’âge ingrat » comme le souligne, en français, l’assistante médicale de Yoram.

Alors, il décide d’emmener sa fille dans la belle famille, la seule qu’il leur reste à tous deux, la famille de l’épouse morte, dans les Territoires. Yoram charge dans le coffre de sa voiture le fantôme de Rachel, les vêtements dont il ne s’est pas encore débarrassé, et il embarque sa fille, vaille que vaille, histoire de partir, de quitter le quotidien, de chercher ailleurs. Il n’a pas même de D.ieu auquel se rattacher, alors autant chercher du secours auprès des humains. Même si rien, à priori, ne l’enchante dans cette belle famille — la mère, le frère, la belle-sœur, leur progéniture — et en particulier les deux gamines insupportables qui chorégraphient une parodie miteuse de sacralisation d’Israël, quelque chose de si caricatural qu’on se demande à quel degré se situe la scène…

C’est un peu comme s’il leur fallait, au père comme à la fille, ce passage obligé dans un pays incarcéré dans ses préjugés pour enfin se retrouver et s’admettre, de même sang et de même chagrin.

C’est un peu comme s’il leur fallait ce purgatoire pour que Yoram accepte enfin que Rony, sa fille, puisse, au retour, conduire la voiture. Et ils nous laissent tous les deux, avec à la gorge ce goût d’amertume fraternelle que procurent les récits tout à la fois très intimistes et totalement universels.

The day after I’m gone, de Nimrod Eldar/

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