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« The dead of Jaffa » de Ram Loevy, projeté au Festival du Cinéma Israélien

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Georges Habib et son épouse Rita vivent à Jaffa, ce si singulier quartier de Tel Aviv. Georges mène son existence pantouflarde de petit commerçant local, tandis que Rita s’ennuie de ne pas avoir eu d’enfants.

Leur existence paisible va être bouleversée par l’irruption soudaine de trois gamins, Talal, Ibrahim et Mai, parachutés par un taxi en provenance d’Hébron, parce qu’ils seraient de la famille lointaine de Georges.

Georges a toujours eu peur, toute sa vie. Peur de la police, peur des voisins, peur du qu’en dira-t-on… Il a peur de la maison abandonnée qui jouxte la sienne et dont il est persuadé — ou veut se persuader lui-même — qu’elle est le domaine des morts. Donc, forcément, ces trois gosses tombés du ciel, et des territoires interdits, lui font peur, eux aussi. Rita, elle, voit ici l’occasion de développer une maternité dont elle a été frustrée.

Dans le même temps, une équipe de cinéma est de passage à Jaffa. Le réalisateur, Jerry Philipps, et sa fille, l’actrice Véra, viennent tourner un long métrage qui n’est pas sans rapport avec leur histoire familiale. Et, ils proposent à Georges, rencontré par hasard, de jouer un petit rôle dans la fiction.

Peu à peu, au fur et à mesure du tournage, et au fur et à mesure du quotidien de cette toute nouvelle famille, les fantômes du passé vont ressurgir, pour tout le monde : comme si, soudain, par la vertu du cinéma, et celle de l’enfance, apparaissaient, renaissaient, ressuscitaient les non-dits, les drames, les difficultés, les traces brûlantes de la présence anglaise jusqu’à la déclaration d’indépendance et le toujours insoluble problème palestinien.

Le plus grand des enfants, Talal, plus téméraire, plus décidé, plus rebelle, ouvre la fenêtre qui donne sur l’ancienne maison abandonnée, celle des morts, et il va y trouver refuge : c’est là qu’il apercevra, par hasard, le tournage du film, étonnant kaléidoscope par lequel les morts du passé deviennent les soucis du présent et que symbolise, illumine, embellit, la métaphore du derviche tourneur s’envolant jusqu’aux nuages.

Et le film tout entier se met à pivoter sur lui-même, comme le derviche : Georges joue son rôle et comprend enfin les quelques répliques qu’on lui a demandé d’apprendre par cœur, c’est comme si, pour une fois dans sa vie, il comprenait ce qu’il doit dire.

Il est question de donner la vie, de donner la mort, d’échapper à l’infertilité, aux reniements, aux contradictions. Le film se fait réalité et les faux parents, ceux qui ont vu débarquer d’ailleurs trois gamins dont ils ne voulaient pas, deviennent de vrais parents, responsables, aimants, et tendres. Les fausses pierres deviennent bien réelles, le sang factice du tournage devient de la vraie hémoglobine, la mort, inévitable, terrible, est présente. Le film pivote. Ce qui n’était qu’une honnête comédie douce-amère tourne au drame et s’achève en tragédie.

Même si, peut-être, parfois, la vie ce n’est que du cinéma, il peut aussi arriver, comme le disait un vieux slogan, que le cinéma soit la vie. Tout au long de son déroulement, cet étrange film développe une métaphore en demi-teinte des errances d’Israël entre passé et présent, entre lumière et ombres, entre judéité et arabité.

The dead of Jaffa, de Ram Loevy.

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