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« The Long Way Home » : le difficile retour des camps de la mort…

Quand les soldats américains pénétrèrent dans les camps de concentration en mai 1945, ils observèrent les déportés sans comprendre.

Puis, les uns après les autres, ils se mirent à vomir. Les déportés, eux, leur tournèrent le dos, mus par une pudeur qui leur faisait déplorer qu’on puisse ainsi les voir, squelettiques, affamés, semi mourants. La guerre était enfin finie, mais pour les milliers de juifs survivants, le cauchemar allait se poursuivre durant encore au moins trois années.

En exergue de ce film, l’auteur cite l’Exode 13, selon lequel, lorsque les Égyptiens libérèrent les hébreux, D.ieu ne guida pas ces derniers et les laissa errer dans le désert. C’est également ce qui se produisit, et ce film nous le raconte, pour les survivants de la Shoah.

De la libération en 1945 jusqu’à la création de l’État Juif, le 14 mai 1948, le chemin fut long. Très long.

D’abord pour les juifs eux-mêmes, car si le corps parvient à guérir, qu’en est-il de l’âme ? Les survivants retrouvent des forces, ils se jettent sur la nourriture, quitte, pour certains, à s’en faire éclater l’estomac. Ils réapprennent les gestes du quotidien, mais personne ne les aide.

Les libérateurs des camps, incapables de gérer le désordre ambiant, les épidémies, les blessures et les besoins, se contentent de reconstituer un ordre militaire contraignants : les Allemands tuaient les juifs, mais les libérateurs ne les aident pas à vivre.

La situation de l’Europe est dramatique : onze millions de personnes sont considérées comme des « déplacés » et parmi eux plus de 100.000 juifs.

Pour les Français, italiens, polonais et autres, on les dirige peu à peu, en direction de leurs pays natal, mais les juifs ? Lorsqu’ils reviennent dans le pays où ils vivaient, on s’étonne de les revoir. Ils sont assaillis de questions absurdes : « Mais pourquoi ne t’ont-ils pas changé en savon ? » Parce qu’ils ont été laissés pour morts, parce qu’ils sont devenus des fantômes vivants, et que nul n’apprécie les fantômes. Un survivant a cette phrase atrocement cynique : « Mieux vaut être un allemand vaincu qu’un juif libéré.« 

Alors commence les survivants cette longue marche vers la lumière, et le début de la Beriha, la plus grande émigration illégale du monde moderne en direction de la Palestine tandis que pendant ce temps-là, la Grande Bretagne qui gère la Palestine n’autorise, en tout et pour tout, que 1.500 arrivées de juifs par mois. Autant dire rien, seulement quelques enfants, tous orphelins.

A partir de 1945, ce seront soixante-trois bateaux d’immigrants qui vont tenter, avec l’aide de la Haganah, le grand voyage vers la Terre promise : seuls six d’entre eux parviendront à tromper la vigilance anglaise.

Et ce n’est pas fini, car lorsqu’ils parviennent enfin en Palestine, les survivants ne sont pas toujours les bienvenus. On les accueille avec incompréhension (« Sérieux, vous n’aviez pas de dessert ?« ) ou avec méfiance (« Qu’est ce que vous avez fait d’horrible pour arriver à survivre ?« ).

Si bien que la plupart préfèrent se réfugier dans le silence. Oublier, tenter d’oublier le cauchemar qu’ils ont vécu.

Ce film, à coups de témoignages troublants et d’images d’archives inédites, nous le rappelle avec force : il fallut encore bien des morts, bien des désillusions, bien des difficultés, pour qu’enfin, le 29 novembre 1947, les Nations Unies adoptent la résolution autorisant la création d’un État Juif et pour que, le 14 mai de l’année suivante, celui-ci soit proclamé par David Ben Gourion.

L’hymne israélien est un chant d’espoir, et même si le Premier ministre Ben Gourion chantait mal, il invita le peuple entier à l’entamer.

The Long Way Home (Le long chemin), de Mark Jonathan Harris.

Si vous désirez aller plus loin :

Si vous désirez aller plus loin :

Après la Shoah : raison instrumentale et barbarie, de Gérard Larnac, aux éditions Ellipses. 144 pages. 10,20€.
Contourner le vide : écriture et judéité(s) après la Shoah, aux éditions Giuntina. 128 pages. 15,00€.
Éloge de la guerre après la shoah, de Michaël Bar-Zvi, aux éditions Hermann. 205 pages. 20,00€.
Après un tel savoir… La Shoah en héritage, d’Eva Hoffman, aux éditions Calmann-Lévy. 272 pages. 21,85€.
Se reconstruire après la Shoah, d’Ethel Albert, aux éditions Le Manuscrit. 351 pages. 29,90€.
Journal 1947-1948 : Les secrets de la création de l’Etat d’Israël, aux éditions de la Martinière. 620 pages. 23,00€.
Une histoire moderne d’Israël, d’Eli Barnavi, aux éditions Flammarion. 347 pages. 8,20€.
Géopolitique d’Israël, de Frédéric Encel et François Thual, aux éditions Points. 490 pages. 10,10€.
Géopolitique de Jérusalem, de Frédéric Encel, aux éditions Flammarion. 300 pages. 8,20€.
Ô Jérusalem, de Dominique Lapierre, aux éditions Pocket. 924 pages. 10,50€.

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