Un Apollon à Gaza : passions et mystères autour d’une oeuvre exceptionnelle…

En août 2013, une statue d’Apollon en bronze d’une demie-tonne est repêchée par Jawdat Ghorab dans les eaux de la bande de Gaza. Une découverte archéologique exceptionnelle et inestimable. Quelques semaines seulement après sa découverte, elle disparaît de la circulation… pour ne plus réapparaître. 

Événement au retentissement international, cette découverte sans précédent – il s’agit du seul bronze de cette taille découvert au Poche-Orient à ce jour – a bien entendu passionné experts et musées du monde entier. Du Louvre au musée archéologique du Caire en passant par le Musée d’Israël à Jérusalem, chacun était prêt à apporter son concours à la restauration du dieu grec et à sa préservation. Ce n’est pas tous les jours que remonte à la surface un tel trésor.

S’il ne fait aucun doute qu’elle est propriété légitime du peuple palestinien, qui l’érige à juste titre au rang de Joconde nationale, aucun établissement muséographique digne de ce nom n’est en revanche apte à la conserver, encore moins à l’exposer, le musée Al-Qarara de Khan Younès, le seul de Gaza, étant en passe d’être détruit.

Seulement, ce chef-d’oeuvre est entouré de mystères, et donc divise. Bien qu’il ne soit connu que par des photographies – toutes prises en septembre 2013, et plus aucune autre depuis -, nombre d’historiens et d’experts affirment qu’il s’agit d’un faux, probablement fabriqué il y a à peine quelques dizaines d’années, tandis que d’autres clament à qui veut l’entendre qu’il aurait été été amené du Sinaï égyptien par les tunnels de Gaza, ou bien par mer – cette seconde hypothèse étant peu probable, pour ce territoire fermé depuis 2014.

« Je jetais régulièrement mon filet, pour le relever lentement, comme je fais d’habitude. Soudain, il est devenu très lourd, je ne pouvais pas le remonter. »

Jawdat Ghorab (extrait du journal Le Monde du 12 avril 2014).

En-dehors du fait que l’on ignore tout des conditions dans lesquelles la statue a été exhumée des profondeurs où elle gisait probablement depuis deux millénaires, cette découverte, dans un territoire comme Gaza, a, on l’aura compris, une bien plus grande valeur commerciale qu’historique ou archéologique.

Rien d’étonnant donc que depuis bientôt sept années, elle manque à l’appel. Brièvement réapparue sur internet, où elle a été mise en vente aux enchères depuis le Canada avant de disparaitre à nouveau, sa renommée et la quasi-légende qui l’entoure désormais en font une oeuvre invendable sur le marché de l’art.

Tourné à Gaza et à Jérusalem, L’Apollon de Gaza se révèle passionnant dès les premières minutes et parfaitement réalisé, appuyé de très nombreuses interviews, toutes aussi contradictoires ou farfelus les unes que les autres, comme on l’imagine aisément. Prêtre dominicain, historiens de l’art et restaurateurs, ministre-adjoint gazaoui du Tourisme – qui préfère parler d’autre chose que l’Apollon -, journalistes… Entre ceux qui n’ont jamais vu la statue et sont affirmatifs sur sa taille, sa provenance ou sa patine, et ceux qui pourraient l’avoir approché et ne sont même pas d’accord entre eux, il y a fort à parier que cet Apollon-là n’ait pas fini de faire de lui…

Après les conflits successifs et une image considérablement entachée, on aurait aimé que quelque chose de beau sorte de la bande de Gaza et de son histoire. Il nous faudra donc encore attendre quelques temps.

L’Apollon de Gaza, de Nicolas Wadimoff, en salle le 15 janvier 2020.

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