« Un souffle éphémère » : un hommage à Jeanne Hébuterne…

Il ne semble plus nécessaire de présenter Amedeo Modigliani tant son testament artistique et son trait si caractéristique figurent aujourd’hui au panthéon quasi-iconique de l’histoire de l’art. Mais connaît-on pour autant celle qui partagea ses dernières années, à la fois muse et compagne : Jeanne Hébuterne ?

Et c’est précisément ce à quoi s’attelle Nadine Van Der Straeten avec le roman graphique Jeanne Hébuterne, un souffle éphémère.

Étudiante comme tant d’autres à l’Académie Coloarossi, ancien modèle de Foujita, Jeanne Hébuterne fait la connaissance du “peintre maudit” dans l’un des hauts lieux du Montparnasse de l’époque, la Rotonde, fréquentée par Satie, Apollinaire, Cocteau, ainsi que les collectionneurs et marchands d’art Paul Guillaume et Léopold Zborowski. Deux hommes qui vont avoir un rôle essentiel dans la vie d’un artiste aussi beau que torturé : Modigliani. Jeanne Hébuterne ne saura pas résister à ce dandy italien, toujours élégant avec son foulard autour du cou et ses vestes de velours.

Après un bref aparté dans la sculpture — discipline dans laquelle il trouvera l’équation ligne-volume qui lui manquait en peinture —, Modigliani est revenu à ses pinceaux et son chevalet. C’est que le jeune homme est de santé fragile. Et pour ne rien arranger, il boit. Beaucoup. Trop. Et sous l’emprise de l’alcool, il devient violent. Qu’importe, Jeanne est amoureuse.

Pour emménager avec lui, elle va mentir à ses parents. Chose qu’elle n’avait jamais faite jusqu’alors. Mais la Première guerre mondiale va contraindre le jeune couple, désargenté, à quitter Paris et à s’installer temporairement dans le sud, à Nice. Un voyage financièrement pris en charge par le négociant et collectionneur d’art Jonas Netter. 

S’il tente de se tourner vers les paysages que peuvent lui inspirer les vues enchanteresses de la Riviera, l’expérience sera sans appel. Après quatre paysages — les seuls connus à ce jour —, il revient à son style de prédilection : le portrait. Et surtout celui de Jeanne. 

« Comment une relation amoureuse se vit-elle entre deux artistes ? C’est cela qui m’intéressait avant tout. Une documentation très riche existe autour de Jeanne et de Modigliani, et notamment des témoignages écrits après la mort du couple. Comme certains de ces témoignages étaient contradictoires, il m’a fallu mener une véritable enquête policière pour démêler la part de réel et la part de fantasme ».

Nadine van der Straeten.

Après le scandale que provoque en 1917 à la galerie de Berthe Weill la première exposition qui lui est dédiée — les nus exposés en vitrine avaient des poils, vous rendez-vous compte ? —, Jeanne va donner naissance au premier enfant du couple, qu’il prénommeront… Jeanne. Un enfant qu’Amedeo, venant de perdre ses papiers d’identité à l’issue d’une nouvelle soirée trop arrosée, ne pourra reconnaître.

Jeanne Hébuterne (photo non sourcée).

Malheureuse mais sous emprise, inconsidérée, Jeanne ne parvient pas à quitter ce compagnon toujours ivre et qui n’est plus fait pour elle. Elle semble vivre cet amour comme une oeuvre d’art, jusque dans ses aspects les plus tragiques. 

Le 24 janvier 1920, Amedeo Modigliani meurt à trente-cinq ans d’une méningite tuberculeuse. Deux jours plus tard, Jeanne Hébuterne, effondrée, se jette par la fenêtre du cinquième étage de l’appartement de ses parents. Elle était enceinte de huit mois.

Si vous désirez aller plus loin :

21 rue La Boétie, d’Anne Sinclair, aux éditions Livre de Poche. 252 pages. 7,40€.
Les Juifs de France, de Simon Schwarzfuchs, aux éditions Albin Michel. 352 pages. 10,60€.
La survie des Juifs en France. 1940-1944, de Jacques Semelin et Serge Klarsfeld, aux éditions CNRS. 376 pages. 25,00€.
Le camp juif de Royallieu-Compiègne. 1941-1943, aux éditions Le Manuscrit. 595 pages. 29,90€.

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