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« Ziyara » : Simone Bitton sur les traces du patrimoine juif oublié du Maroc…

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L’exil des communautés juives à travers le monde arabe et l’Iran a déplacé près de 900.000 personnes en seulement quelques décennies.

Dans les années 50, le Maroc comptait à lui seul près de 300.000 juifs. Il n’en reste aujourd’hui que quelques centaines…

Alors que nous commémorerons le 30 novembre prochain la Journée des Juifs exilés des Pays Arabes et d’Iran, loi votée par la Knesset en 2014, rares sont les pays qui ont décidé de préserver, voire de valoriser, leur patrimoine juif, souvent abandonné. Un patrimoine matériel certes — synagogues, cimetières… —, mais aussi immatériel — traditions, gastronomie, habillement…

Et c’est précisément à la recherche de cet héritage culturel qu’est partie la réalisatrice d’origine marocaine Simone Bitton, qui nous propose de suivre ce pèlerinage aux allures de road-movie dans son dernier documentaire, Ziyara.

En darija, dialecte arabe marocain, Ziyara veut dire « visite aux saints ». En hébreu, on dit hilloula. Deux langues pour une même tradition et une même croyance populaire. 

En compagnie de Simone Bitton, le spectateur est donc invité à un périple mémoriel depuis les montagnes du Haut-Atlas jusqu’aux rivages d’Essaouira, à la recherche de cette histoire aujourd’hui conservée par une poignée d’habitants qui se font un devoir de préserver ce patrimoine oublié.

« Les saints sont des sages, des guérisseurs, des soufis ou des kabbalistes, des figures protectrices et légendaires. Leurs tombeaux, souvent surmontés de coupoles, parsèment le paysage. Parfois il n’y a pas de tombe, le saint est dans une source ou au pied d’un arbre, en bord de mer, dans une grotte ou un rocher. J’ai lu chez les anthropologues qu’il y avait plus de 650 saints juifs au Maroc, et parmi eux plus de 150 saints partagés, c’est-à-dire vénérés à la fois par les juifs et par les musulmans. »

Simone Bitton, réalisatrice.

Comme investis d’une mission, ils veillent donc jalousement sur une ancienne synagogue, un cimetière, une ancienne école juive devenue musulmane… Cela pourrait sembler vain et sans importance, mais que l’on ne s’y trompe pas !

Pour répondre aux questions des rares visiteurs, la recherche d’une tombe peut tourner à l’enquête, comme dans l’ancien cimetière de la rue Krantz par exemple, à Casablanca.

Si la sépulture n’est pas retrouvée, aucun doute que ces européens, ces israéliens, ces américains qui ont fait le déplacement ne reviendront pas l’année suivante. Leur visite cédera la place à l’oubli. Cet oubli dont les exhumations, bien que rares, font partie.

Une page de l’histoire du pays se tourne, décennie après décennie. Et c’est précisément contre cet oubli que ces hommes et ces femmes, tous musulmans, se battent. 

« Cette idée de faire un road-movie qui serait un pèlerinage profane où j’irai à la recherche des lieux de mémoire juifs a pris un tournant décisif lorsque j’ai commencé à rencontrer les gardiens musulmans de ces sanctuaires, mais aussi de cimetières et de synagogues. Ce sont pour la plupart des personnes très croyantes, humbles et modestes, des musulmans absolument sincères dans leur rapport à la sacralité des lieux juifs dont ils ont reçu la charge en héritage familial. »

Simone Bitton, eéalisatrice.

Ailleurs, c’est dans l’ancien mellah qu’un commerçant, installé dans une ancienne échoppe juive, confie ne pas avoir enlever les mezouzot qu’il montre fièrement à la caméra. « La parole de D.ieu est à l’intérieur » dit-il. Peu importe le D.ieu de qui…

Et puis il y a aussi Demnat, Fès et Meknès bien sûr, Debdou, une ville bâtie par les juifs expulsés d’Espagne et qu’ils ont surnommé « Séville » — bien qu’elle semble plus ressembler à Grenade en réalité.

« Qu’est-ce que le Maroc serait devenu si les juifs étaient restés ? » Cette question, beaucoup se la posent, avec raison. Et c’est avec beaucoup d’émotion dans la voix — et parfois  dans les yeux — qu’ils déplorent le résultat de ces départs basés sur des décisions politiques. Des départs que la Guerre des Six Jours en 1967 n’a fait qu’accélérer…

Après avoir réalisé en 2001 le reportage L’équation marocaine, consacré à Mehdi ben Barka, opposant marocain kidnappé et mystérieusement disparu à Paris en 1965, Simone Bitton revient donc avec un nouveau film tourné sur les lieux de son enfance. 

Un émouvant voyage, entre vestiges et mémoire.

Ziyara, de Simone Bitton, en salle le 1er décembre 2021.

Si vous désirez aller plus loin :

Un prince à Casablanca, de Ralph Toledano, aux éditions La grande ourse. 440 pages. 25,00€.
Épreuves et Libération : les Juifs du Maroc pendant la Seconde guerre mondiale, de Joseph Toledano, aux éditions Elkana. 39,99€.
Les gens du mellah : la vie juive au Maroc à l’époque précoloniale, de Shlomo Deshen, aux éditions Albin Michel. 270 pages. 18,60€.
Il était une fois… Marrakech la juive, de Thérèse Zrihen-Dvir, aux éditions L’Harmattan. 392 pages. 34,50€.
Derrière les remparts du Mellah de Marrakech, de Thérèse Zrihen-Dvir, aux éditions L’Harmattan. 220 pages. 20,00€.
L’art chez les Juifs du Maroc, de André Goldenberg, aux éditions Somogy. 240 pages. 39,00€.
Eugène Delacroix au Maroc : Les heures juives, de Maurice Arama. 191 pages. 39,00€.
Juifs et musulmans au Maroc : des origines à nos jours, de Mohammed Kenbib, aux éditions Tallandier. 240 pages. 15,00€.
Communautés juives au sud de l’Anti-Atlas, aux éditions La croisée des chemins. 288 pages. 65,00€.

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