(extrait de l’article « L’audacieuse aventure des frères Pereire » publié dans le magazine L’Arche 714)
De Berlanga à Bordeaux, de Pereira à Pereire

En 1741, Francisco Antonio Jacob Rodrigues Pereira, né en 1715 à Berlanga, quitte le Portugal pour Bordeaux, où sont déjà implantées de nombreuses communautés séfarades portugaises. Là, parmi les siens, le marrane redevient juif ; Francisco Antonio redevient Jacob tandis que Pereira devient Pereire, plus… français. Bordeaux est à l’époque une ville opulente avec une importante communauté juive assimilée.
Passionné par la communication et les modes d’expression, il s’investit dans la recherche médicale et notamment l’éducation des sourds-muets de naissance, se prenant d’affection pour une jeune fille dont certains prétendent qu’elle aurait été l’une de ses sœurs. Durant une dizaine d’années, il travaille au collège des jésuites de La Rochelle pour tenter de percer les secrets du mutisme et en 1745, devant une audience nombreuse, il parvient à faire articuler quelques mots à un jeune garçon de treize ans, Aaron de Beaumarin. La France compte alors 2.250 sourds-muets dont 150 à Paris. Grâce à ses nombreux témoins, et en raison des prérogatives de guérison jusque-là réservées aux prêtres, Jacob Pereire se mettait à l’abri d’accusations de fraude.
Fort d’une notoriété qu’il ne tarde pas à acquérir à travers l’Europe entière – le roi de Sardaigne, Stanislas Leczinski, Christian VII de Danemark, l’Empereur Joseph II… -, Jacob Pereire rejoint Paris en 1746 où il est introduit dans le cercle de la Cour en janvier 1750. En avril de la même année, il obtient une audience de Louis XV qui lui octroie une pension inespérée de 800 livres par an ; et comme si cela ne suffisait pas, en 1765 il est nommé interprète du Roi pour les langues espagnoles et portugaises. Un privilège qui va lui permettre d’acquérir, à la mort de son jeune fils Samuel en 1780, un petit terrain afin que celui-ci repose dignement. Aujourd’hui situé Avenue de Flandres, dans le quartier de La Villette, la trentaine de sépultures de ce qui fut le premier cimetière juif portugais de France est depuis 1809 propriété du Consistoire Israélite.
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