L’affaire Gurlitt. Du marché de l’art nazi aux restitutions contemporaines

En 2012, lors d’une enquête fiscale, les autorités allemandes découvrent dans l’appartement munichois de Cornelius Gurlitt près de 1 200 œuvres d’art. D’autres sont bientôt retrouvées dans sa maison de Salzbourg : au total, l’ensemble compte environ 1 600 pièces, parmi lesquelles des œuvres de grands maîtres français et de la modernité allemande. Cette découverte spectaculaire fait immédiatement ressurgir une question : d’où viennent ces œuvres et certaines ont-elles été spoliées pendant la période nazie ?

Pour comprendre « l’affaire Gurlitt », il faut remonter à son père, Hildebrand Gurlitt, historien de l’art devenu marchand. D’abord défenseur de l’art moderne, il profite ensuite des bouleversements du marché de l’art sous le nazisme, est chargé de vendre à l’étranger des œuvres saisies dans les musées allemands comme « art dégénéré » et intervient également sur le marché de l’art en France occupée. À partir de 1943, il achète en outre des œuvres destinées au projet de musée voulu par Hitler à Linz. Son parcours permet ainsi d’observer de l’intérieur les liens complexes entre marché de l’art, persécution des collectionneurs juifs et politique culturelle du régime nazi.

Mais toutes les œuvres retrouvées chez Cornelius Gurlitt n’étaient pas des œuvres spoliées. L’affaire ouvre surtout un immense travail d’enquête : reconstituer, œuvre après œuvre, les propriétaires successifs, les ventes, les confiscations et parfois les zones d’ombre laissées par les archives. Après la mort de Cornelius Gurlitt en 2014, son legs au Kunstmuseum Bern place la recherche de provenance et la restitution au cœur du devenir de cette collection ; plusieurs œuvres identifiées comme spoliées ont depuis été rendues aux héritiers de leurs propriétaires.

Dans notre cycle consacré aux spoliations et aux restitutions, cette conférence permettra de passer des histoires parisiennes de maisons, de négociants et de collectionneurs à une interrogation plus large : comment retrouver la trace d’une œuvre quatre-vingts ans après sa disparition ? Comment distinguer vente forcée, confiscation, transaction régulière et provenance incertaine ? L’affaire Gurlitt nous conduira ainsi directement vers les questions que nous retrouverons au musée d’Orsay autour des œuvres MNR : celles de la mémoire, de la recherche, de la propriété et de la restitution.

Cycle : « Art et luxe sous l’Occupation. Spoliations, aryanisation et restitutions »
Autour des mondes du luxe, de la joaillerie et du marché de l’art, ce cycle revient sur les mécanismes de spoliation, d’aryanisation et de restitution sous l’Occupation. Quatre rendez-vous complémentaires permettront de suivre cette histoire, du commerce de la perle aux maisons de la place Vendôme, puis du marché de l’art sous le nazisme avec l’affaire Gurlitt jusqu’aux œuvres MNR conservées au musée d’Orsay et aux restitutions contemporaines.

Durée de la conférence : env. 1h30
Localisation : en ligne
Tarif : 12,50 €
Prochaine date : le mercredi 19 mai à 20h00

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