20 November 2019
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Le mahJ accueille l’étape parisienne de l’exposition consacrée à Jules Adler

Après avoir été présentée au Musée des Beaux Arts de Dole, au Palais Lumière d’Evian et au musée de La Piscine de Roubaix, l’exposition Jules Adler, peintre du peuple arrive à Paris, où elle prend place à l’hôtel de Saint-Aignan, sur les cimaises du Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme jusqu’en février 2020.

Si fondamentalement les expositions peuvent sembler identiques, le mahJ et ses 170 oeuvres présentées – dont un tiers jamais montrées au public – propose une approche sensiblement différente en ce sens que trois parties se focalisent sur des épisodes pas ou peu évoqués par ses prédécesseurs : les origines de Jules Adler et du judaisme franc-comtois, l’affaire Dreyfus, et une section consacrée à la Seconde Guerre Mondiale et à son internement, avec nombre de dessins et de documents exposés ici pour la première fois.

Dénoncé car il aurait vu en train de peindre au Parc des Batignolles, interdit aux Juifs, Jules Adler et son épouse sont arrêtés à leur domicile le 29 mars 1944. Durant six mois de captivité au camp de Picpus, Jules Adler réalisera une série de 83 dessins qui seront présentés au Salon en 1948 – et aujourd’hui au mahJ -, dont le magnifique Au docteur Roubinovitch en toute sympathie, seul dessin réalisé à Picpus pour lequel le modèle a pu être identifié.

Les salles et les espaces d’exposition étant considérablement différents de ceux des précédents musées où elle fut accueillie, l’ensemble de l’exposition du mahJ – et donc de sa scénographie – a été organisé autour de la plus grande oeuvre présentée : Les hauts-fourneaux de la Providence, huile sur toile de 1904 aux dimensions considérables qui jette littéralement le spectateur dans le paysage industriel monumental de Charleroi, saturé d’usines, de cheminées et d’épaisses fumées blanches. 

Si le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme n’avait pas accueilli cette exposition, il y a fort à parier que Jules Adler n’aurait probablement pas eu d’étape parisienne… Une étape qui s’inscrit parfaitement dans le cadre des deux autres expositions actuellement présentées au mahJ, et qui renvoient l’une à l’autre : Adolfo Kaminsky. Faussaire et photographe – qui connaît un succès considérable -, et Rosine Cahen. Dessins de la Grande Guerre, présentée dans le petit cabinet graphique du premier étage. Rosine Cahen qui réalisera également des lithographies d’oeuvres de Jules Adler, mais en tant que femme-artiste, elle ne bénéficiera pas du soutien que pouvait avoir ce dernier, et tombera plus ou moins dans l’oubli. Ses dessins au fusain et au pastel, réalisés entre 1916 et 1919, absolument magnifiques et représentant des soldats blessés et convalescents – un sujet très rare pour une femme -, sont montrés pour la première fois en France.

Dans ce parcours de visite, le Musée d’Art et du Judaïsme a donc choisi de présenter moins de “grands formats” pour faire la part belle aux oeuvres les moins connues, et à quantité de documents d’archives qui mettent en avant les valeurs chères à l’artiste, plus sensible au monde ouvrier et aux justes cause qu’au progrès industriel.

Tout comme Emile Zola, à qui il voue une véritable admiration et duquel il s’inspirera pour peindre Les Las, Léon Zadoc-Kahn, fils du grand rabbin de France, Bernard Lazare ou encore Théophile-Alexandre Steinlein, créateur de l’affiche du cabaret parisien Le Chat Noir, Jules Adler s’engagera très tôt, en 1898, dans le camp des défenseurs de Dreyfus, signera pétitions et protestations, et fera de son atelier un lieu de rencontre des dreyfusards.

“Je pense souvent qu’il doit y avoir une sorte de relation, que les images de la souffrance sociale m’attirent tellement parce que je suis Juif et que mes ancêtres, pendant des générations, ont tant souffert.”

Jules Adler par G. Kutna dans “Ost und West”, décembre 1906.

Bien que son travail ne traite pas explicitement du judaïsme, il sera cependant très tôt remarqué par les milieux sionistes, en quête d’un “art juif”. Jules Adler donnera en 1922 au musée Betsalel, futur Musée d’Israël, une estampe intitulée Usines et destinée à la section des artistes français du musée. Bien qu’il ne soit pas sioniste, Adler est impliqué, et figure également dans la liste des donateur du KKL, le fonds de collecte créé à Bâle en 1901 pour l’achat de terres en Palestine Mandataire. 

La Seconde Guerre Mondiale et les années 40 en France vont le rattraper, et avec lui son judaïsme. En 1940, en tant qu’artiste Juif, il est interdit d’exposer. En signe de protestation, il démissionne du Salon des Artistes Français. Lors du conflit, il perdra quatre membres de sa famille en déportation, dont son neveu Robert et son épouse Raymonde, assassinés à Auschwitz en décembre 1943.

Bien qu’il ait toujours pu vivre de son travail – ce qui n’était pas si courant – Jules Adler finira ses jours à l’hospice pour artistes nécessiteux de Nogent-sur-Marne, en juin 1952.

Une très belle et très intéressante exposition sur un artiste méconnu et qui permet au mahJ, qui possédait déjà deux dessins de Jules Adler avant la venue de l’exposition, d’en acquérir deux nouveaux dans le cadre de cet événement.

Jules Adler, peintre du peuple, au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme jusqu’au 23 février 2020.

Si vous désirez aller plus loin :

Jules Adler. Peindre sous la IIIème République, la publication de l’exposition, aux éditions Silvana. 240 pages. 25,00€.
J’accuse ! Les grands textes de l’affaire Dreyfus, de Emile Zola, aux éditions J’ai lu. 154 pages. 3,00€.
L’affaire Dreyfus, vérités et légendes, de Alain Pagès, aux éditions Perrin. 288 pages. 13,00€.
La République souveraine. La vie politique en France (1879-1939), de René Rémond, aux éditions Fayard/Pluriel. 448 pages. 10,00€.
Le triomphe de la République : 1871-1914, De Arnaud-Dominique Houte, aux éditions Points. 480 pages. 11,00€.
La peinture d’histoire en France (1860-1900) : la lyre ou le poignard, de Pierre Sérié, aux éditions Arthena. 584 pages. 128,00€.

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