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« Jules Adler. Peindre sous la Troisième République », à La Piscine de Roubaix

En partenariat avec le musée des Beaux-Arts de Dole, le Palais des Lumières d’Evian et le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme de Paris, où elle sera présentée à partir du 17 octobre prochain, l’exposition Jules Adler. Peindre sous la IIIème République à ouvert ses portes le 29 juin dans le magnifique musée de La Piscine.

Un choix évident tant la ville de Roubaix, jadis capitale de l’industrie textile, est un reflet des aspirations de l’artiste : figures populaires, mineurs, petites mains ou encore chemineaux dont l’image et le destin sont étroitement liés à ceux de l’artiste-bohème ou du « Juif errant », dans une climat d’antisémitisme profond suite à l’affaire Dreyfus.

Né en 1865 à Luxeuil-les-Bains de parents juifs originaires d’Alsace, Jules Adler gagne Paris très jeune et envisage dans un premier temps une carrière d’enseignant, avant de suivre les cours de l’académie Julian en 1883, puis d’intégrer l’école des Beaux-Arts l’année suivante.

S’il expose régulièrement au Salon des Artistes Français – il y participera quasiment chaque année jusqu’en 1936, année au cours de laquelle il présentera sa dernière grande toile, Paris vu du Sacré-Cœur -, il lui faudra attendre 1892 pour obtenir sa toute première commande, La transfusion du sang de chèvre.

Cette toile, qui accueille le visiteur dans l’exposition, dépeint les expériences hasardeuses du professeur Samuel Bernstein contre la tuberculose et la phtisie. Malgré le fait que sa composition soit floue et l’oeuvre critiquée du fait que l’on ne sache qui est le professeur Bernstein sur le tableau – ce que l’on ignore encore aujourd’hui -, La transfusion du sang de chèvre sera accueillie favorablement et connaîtra un succès d’estime.

Surnommé « le peintre des humbles » – titre qu’il doit à l’une de ses œuvres majeures, La soupe des pauvres, achetée par la ville de Paris en 1906 -, Jules Adler consacrera de très nombreuses toiles à la misère sociale, au monde ouvrier et à la rue.

De mai 1899 à juillet 1900, les usines sidérurgiques Schneider, alors les plus grandes usines de France, connaissent une agitation et une tension qui vont aboutir à une grève sans précédent. Jules Adler se rend sur place, carnet de croquis en main, observe, dessine, prends des notes, et livre quelques mois plus tard sa première oeuvre d’envergure, La grève au Creusot. Avec ce tableau, représentant le cortège du 24 septembre 1899, l’artiste souhaite s’imposer comme peintre d’histoire. Dans une foule d’apparence désordonnée, ce très grand format est porté par la femme située au premier plan, portant le drapeau tricolore, dont la présence renvoie immanquablement le spectateur à la Marianne de La liberté guidant le peuple, d’Eugène Delacroix.

La grève au Creusot sera l’une des trois toiles de Jules Adler exposée au Salon des Artistes Français de 1900, au côté notamment des Las, dont l’arrière-plan, jugé ouvertement « dreyfusiste » ne manquera pas de lui attirer les foudres des visiteurs. Adler n’a en effet jamais caché ses sympathies dans le cadre de l’affaire Dreyfus, faisant même de sa demeure un centre de Dreyfusards ralliés à la cause du capitaine dégradé et condamné.

La visite de l’exposition s’achève sur les croquis d’un décor mural réalisé en 1940 pour l’établissement thermal de Luxeuil-les-Bains, ville de naissance de l’artiste. Mais en raison des lois du régime de Vichy et des origines juives de Jules Adler, ces cinq panneaux décoratifs ne pourront être exposés avant l’issue du conflit.

Suite à une dénonciation, Jules Adler et son épouse seront arrêtés, et internés durant six mois à l’hôpital-fondation Rothschild de Paris. Une détention que le peintre mettra à profit en réalisant de très nombreux croquis de ses compagnons d’infortune, croquis aujourd’hui conservés au Musée d’Art et du Judaïsme.

Peintre naturaliste à mi-chemin entre la modernité et l’académisme, l’oeuvre de Jules Adler, emprunte d’impressionnisme, prend corps dans une France au climat historique, politique et culturel agités, dont le durcissement des conditions de vie du monde ouvrier confèrera au « peintre des humbles » son inépuisable source d’inspiration.

Peintures, fusains, huiles sur toiles, études au pastel, photographies, journal de guerre…, ce sont plus d’une centaine d’œuvres provenant de collections publiques ou privées qui vous donnent rendez-vous jusqu’au 22 septembre à La Piscine de Roubaix.

Cette exposition sera présentée du 17 octobre au 2019 au 23 février 2020 au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme sous le nom Jules Adler, peintre du peuple.

Jules Adler. Peindre sous la Troisième République, jusqu’au 22 septembre 2019 à La Piscine de Roubaix.

Jules Adler. Peindre sous la IIIème République, la publication de l’exposition, aux éditions Silvana. 240 pages. 25,00€.

Si vous désirez aller plus loin :

La République souveraine. La vie politique en France (1879-1939), de René Rémond, aux éditions Fayard/Pluriel. 448 pages. 10,00€.
Le triomphe de la République : 1871-1914, De Arnaud-Dominique Houte, aux éditions Points. 480 pages. 11,00€.
La peinture d’histoire en France (1860-1900) : la lyre ou le poignard, de Pierre Sérié, aux éditions Arthena. 584 pages. 128,00€.

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