11 December 2018
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“Vie ? ou théâtre ?”, le chef-d’oeuvre autobiographique de Charlotte Salomon

“Prends en soin, c’est toute ma vie”. Paroles de Charlotte Salomon à son ami le docteur Moridis, à qui elle confie sa série de gouaches quelques mois avant sa déportation et son assassinat à Auschwitz.

Née en avril 1917 à Berlin au sein d’une famille aisée, Charlotte Salomon perd sa mère, Fränze Grunwald, à l’âge de neuf. On explique à l’enfant qu’elle a été emportée par la grippe, mais elle apprendra quelques années plus tard qu’il s’agissait en réalité d’un suicide. Une révélation qui va plonger la jeune fille dans une profonde dépression.

En raison de l’antisémitisme grandissant dans les écoles allemandes suite à l’arrivée au pouvoir d’Hitler en janvier 1933, Charlotte quitte le lycée peu avant de passer son baccalauréat, et s’inscrit au concours d’entrée de l’Académie des beaux-arts, où elle est admise en 1936. Seule fille juive de sa classe en raison des quotas d’élèves israélites imposés dans les écoles, elle n’a été acceptée que parce que son père, Albert Salomon, a combattu pour l’Allemagne lors de la Première Guerre Mondiale.

Mais là aussi, l’antisémitisme va se faire sentir, et d’une manière horrible pour la jeune fille qui, en raison de sa judéité, se verra refuser le premier prix d’un concours pour son dessin La jeune fille et la mort. Un dessin magnifique figurant dans l’ouvrage Charlotte Salomon. Vie ? ou théâtre ?, actuellement disponible aux éditions Taschen.

Ayant abandonné les cours de l’Académie, Charlotte va s’éprendre d’Alfred Wolfsohn, le professeur de chant de sa belle-mère, Paula Lindberg, une célèbre chanteuse. Éperdument amoureuse de lui, Charlotte va lui consacrer, sous le nom d’Amadeus Daberlohn, 456 des 769 pages de son oeuvre. Sans Alfred Wolfsohn, Vie ? ou théâtre ? n’aurait sans doute jamais existé.

Arrêté sous ses yeux, son père Albert Salomon est conduit au camp de Sachsenhausen où il sera torturé. Libéré grâce aux nombreuses relations de son épouse Paula, les Salomon décident de quitter Berlin pour les Pays-Bas, tandis que Charlotte est envoyée dans le sud de la France, chez ses grands-parents, où elle sera finalement arrêtée avec son mari Alexander Nagler en septembre 1943.

Enceinte de cinq mois, Charlotte est déportée à Drancy, puis à Auschwitz où elle arrive le 10 octobre 1943. Elle n’en reviendra jamais.

Achevé un an plus tôt et confié aux bons soins du docteur Moridis, Vie ? ou théâtre ? est une sorte d’autobiographie dramatisée de ce que fut la vie de Charlotte Salomon, de son enfance à Berlin à son exil, en passant par son amour pour Alfred Wolfsohn, ses études d’art et l’arrivée du parti nazi au pouvoir.

Composé d’un prologue rassemblant 250 peintures s’étalant sur la période 1913-1933, d’une partie principale de 400 planches qui courent du lendemain de la Nuit de Cristal jusqu’à son exil, et d’un épilogue de 90 planches, depuis son arrivée chez ses grands-parents en décembre 1938 jusqu’à sa sortie du camp de camp de travail de Gurs en juillet 1940, Vie ? ou théâtre ? est à juste titre considéré comme un témoignage essentiel, traité avec un optimisme qui n’est pas sans faire penser à Anne Frank.

La première exposition des gouaches de Vie ? ou théâtre ? se déroula du 2 février au 5 mars 1961 au musée Fodor d’Amsterdam, suivi de nombreux autres rendez-vous internationaux qui contribueront à faire sortir cette oeuvre de l’anonymat dans lequel elle était jusque-là plongée.

L’intégralité de Vie ? ou théâtre ? est aujourd’hui conservée au JMH, le Musée d’histoire juive d’Amsterdam.

Charlotte Salomon. Vie ? ou théâtre ?, d’Evelyne Benesh, aux éditions Taschen. 400 pages. 30,00€.

Si vous désirez aller plus loin :

Charlotte, de David Foenkinos, aux éditions Folio. 256 pages. 7,25€.

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