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« Le catalogue Goering », un ouvrage de référence sur la spoliation européenne

Au fil de ses 600 pages, dont près de 500 sont consacrées aux oeuvres elle-mêmes, Le catalogue Goering remet en lumière douze années parmi les plus noires de l’histoire de l’art en Europe : celles du pillage entre 1933 et 1944 de milliers d’oeuvres d’art provenant de musées européens et des collections privées, principalement juives.

le catalogue goeringLa première partie de l’ouvrage, illustrée de nombreuses photographies d’archives, revient inévitablement sur l’instigateur de cette spoliation organisée : Hermann Goering. Si le Reichmarshall, ami d’Hitler et numéro deux du gouvernement, ne fut pas le seul dignitaire nazi à se passionner pour l’art – citons entre autre Hans Frank, le gouverneur de Pologne, ou Otto Abetz, l’ambassadeur du Reich à Paris -, sa position privilégiée lui permit cependant de se constituer la plus importante collection d’Allemagne après celle d’Hitler.

Débutée au début des années 30, il acquiert ses premières oeuvres pour sa résidence de Carinhall, à une soixantaine de kilomètres de Berlin. Autoproclamé « homme de la Renaissance », amoureux des arts et du luxe, vivant somptueusement grâce à l’aryanistation de son pays, l’expansion du Reich et l’exploitation d’une main d’œuvre soumise au travail forcé, il profitera largement de la création en 1933 de l’EER et de la spoliation des Juifs allemands pour ériger son empire industriel et enrichir sa jeune collection. Initialement conçue dans un esprit nationaliste, celle-ci se voulait l’incarnation et la pureté de l’art allemand. Mais l’entrée en guerre de l’Allemagne en 1939, et la mise en place d’une politique de spoliations systématique dans les territoires occupées vont aboutir, en 1944, à un véritable trophée de chasse des plus belles oeuvres européennes.

Habitué aux salles et aux galeries du Jeu de Paume, utilisé pour entreposer les oeuvres d’art avant leur envoi vers l’Allemagne, Hermann Goering s’y rendra une douzaine de fois entre novembre 1940 et fin 1942, date à laquelle il s’empare de cinq cents tableaux saisis à des marchands et collectionneurs Juifs parisiens, Paul Rosenberg et la famille Rothschild en tête.

Rose Valland, attachée bénévole au Jeu de Paume, où elle a contribué à l’organisation d’une quinzaine d’expositions d’art moderne étranger, y tient un registre secret dans lequel chaque oeuvre est numérotée et répertoriée avec le nom de son propriétaire. Un travail dangereux qui lui permettra cependant à la fin de la guerre d’être nommée directrice de la Commission de Récupération des oeuvres d’art en Allemagne, et de rendre des centaines d’oeuvres à leurs propriétaires. Elle portera à la collection Goering une attention particulière.

La seconde partie, la plus imposante, rassemble quant à elle l’intégralité du catalogue original tenu entre 1940 et 1944, soit 1.376 tableaux (les 250 sculptures et 168 tapisseries sont en revanche absentes). Chacunes des photographies originales est annotée par un titre, le nom de l’artiste, une brève description, parfois des commentaires manuscrits – s’il s’agit d’une oeuvre volée, échangée ou saisie -, le lieu où elle était conservée ainsi que son numéro d’inventaire.

Premier ouvrage en français qui lui est consacré, véritable bible racontant le parcours de milliers d’oeuvres, l’histoire de leur collecte puis la recherche de leurs propriétaires, Le catalogue Goering resitue cette fabuleuse collection dans son contexte idéologique et politique, la chute de l’homme se faisant parallèlement à celle du Reich.

Un ouvrage unique et essentiel.

Le catalogue Goering, de Jean-Marc Dreyfus, aux éditions Flammarion. 608 pages. 29,00€.

Si vous désirez aller plus loin :

Les notaires sous l’Occupation : Acteurs de la spoliation des Juifs, de Vincent le Coq et Anne-Sophie Poiroux, aux éditions du Nouveau Monde. 493 pages. 24,00€.
Un vol organisé : L’Etat français et la spoliation des biens Juifs, de Martin Jungius, aux éditions Tallandier. 525 pages. 24,90€.
Images d’un pillage : Album de la spoliation des Juifs à Paris, de Sarah Gensburger, aux éditions Textuel. 160 pages. 39,60€.

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