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« Botticelli, artiste et designer » : la Renaissance florentine s’installe au musée Jacquemart-André

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« Botticelli designer », le terme a de quoi surprendre, mais il cherche à rendre compte, de façon moderne, de l’itinéraire singulier d’un enfant qui ne fut pas particulièrement gâté.

Il faut resituer bien sûr dans le contexte : Florence à la fin du XVème siècle est un vivier de talents, peut-être plus que nulle part ailleurs, peut-être plus qu’en nul autre temps. Oui mais justement : les riches commanditaires ne sont pas nombreux, les formats souvent imposés (rondo ou retable), les sujets invariablement religieux (hagiographie des saints ou scènes bibliques), parfois mythologiques, rarement historiques.

Il faut donc parvenir à imposer son atelier, mettre en valeur sa manière, vendre son talent. Il faut, pour chaque artiste, montrer son savoir-faire et son imagination. Et, pour ce faire, il faut tout à la fois démontrer de l’originalité mais respecter les codes picturaux et sociaux qui ont su faire leurs preuves.

Chacun, donc, se forme dans un atelier et il reprend, inlassablement, des procédés, des techniques, des motifs, des tournures, des couleurs, puis, lentement, peu à peu, comme se dégage une figure de la glaise initiale, s’en départir en tentant un personnage différent, une autre expression, un décor modifié.

L’exposition permet d’assister à cette lente maturation, cette lente émergence, du talent.

Botticelli s’est formé chez Filippo Lippi, et s’il reprend en 1460 les motifs et la manière de la Vierge à l’enfant exécutée par son maître, il s’autorise à peindre la vierge en pied et non en buste, et à faire apparaître, au fond, des éléments architecturaux qui seront, par la suite, une de ses marques de fabrique.

Plus tard — beaucoup plus tard — dans la Vierge à l’enfant de 1482, il reprendra inlassablement la posture des personnages mais il ajoutera les détails minutieux de son fait : un livre d’heures suffisamment détaillé pour qu’on puisse déchiffrer les caractères, un coussin rehaussé d’or, et l’extrême élégance des drapés de la robe.

Ce respect des codes et cet asservissement aux principes n’interdit ni l’amitié ni la fidélité : après avoir été l’assistant du père, Filippo Lippi, Botticelli va héberger, former et protéger le fils, Filippino. Comme s’il existait, dans toute cette histoire, une sorte de fil d’or de la tradition et du talent, fil d’or qui relie chaque artiste à ses congénères.

Mais Botticelli va aller plus loin dans l’art de négocier ses œuvres. Tout en reprenant les mêmes motifs, dont celui, fameux, de la Vénus, il va multiplier les collaborations avec d’autres artistes, venus d’autres horizons : gravure, illustration, broderie, tapisserie, ébénisterie, etc. Il faut bien savoir aussi que le dessin du maître a cette particularité d’être pur et précis.

Pas pour rien, sans doute, que Botticelli avait reçu, à l’origine, une formation d’orfèvre.

« Sandro dessinait à la perfection, aussi les artistes firent-ils l’impossible pour se procurer ses dessins. »

Giorgio Vasari.

Non seulement Botticelli possédait le talent du peintre, mais il avait un certain sens de la postérité. Cette dernière ne l’a pas oublié.

Botticelli, artiste et designer, jusqu’au 24 janvier 2022 au musée Jacquemart-André.

Si vous désirez aller plus loin :

Botticelli, artiste et designer, le hors-série de l’exposition, aux éditions Connaissance des Arts. 34 pages. 10,00€.
Botticelli, artiste et designer, le catalogue de l’exposition, aux éditions Fonds Mercator. 208 pages. 39,95€.
Le rêve Botticelli, de Sophie Chauveau, aux éditions Folio. 496 pages. 9,20€.

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