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De la rue Royale à Rodeo Drive : Fred Samuel, histoire d’un joaillier créateur…

Connaissez-vous « Fred ». Probablement pas. Et pourtant, à l’aube des années 90, « Fred » figurait parmi les dix plus importants joailliers au monde.

Ce n’est donc que justice de lui consacrer, de « leur » consacrer – à la Maison et à son fondateur, Fred Samuel – une très belle exposition à découvrir jusqu’au 24 octobre au Palais de Tokyo, dans le 16ème arrondissement.

Né en Argentine en 1908 de parents alsaciens, Fred Samuel a très tôt baigné dans le monde des gemmes et des métaux précieux, son père et son grand-père étant eux aussi joailliers et négociants. On ne s’invente pas une carrière…

Sitôt la Première Guerre mondiale terminée, et après que la France eut récupéré les territoires annexés par l’Allemagne en 1870, la famille Samuel revient à Paris, où Fred Samuel débute ses études à l’Ecole Supérieure de Commerce. Fraîchement diplômé, il entre au service des frères Worms, spécialiste de la perle fine, et achète en 1936 au numéro 6 de la rue Royale une boutique cédée par un illustre prédécesseur : le joaillier Georges Fouquet. Ce dernier offrit à l’époque au Musée Carnavalet la façade et la décoration intérieure de sa joaillerie, décorés par Alfons Mucha dans le plus pur style Art Nouveau.

Marlène Dietrich, Barbara Hutton, Douglas Fairbanks… Ils seront nombreux à pousser les portes du 6 rue Royale pour s’offrir les bijoux de « Monsieur Fred », qui travaille très tôt et sans distinction toutes les tonalités, du blanc de la perle au noir de l’onyx, et toutes les pierres – précieuses, semi-précieuses ou d’ornement…

Malheureusement, la déclaration de guerre en septembre 1939 mettra un frein au développement de la Maison. Fred Samuel, de nationalité argentine et donc non-mobilisable, choisit la Légion Étrangère pour défendre la France. Fait prisonnier dans la Somme, il regagne Paris en juin 1940, quelques semaines seulement avant que n’entrent en application les lois de Vichy.

Le 3 octobre 1940, dans Paris occupé, la joaillerie Fred Samuel tombe sous la coupe du Commissariat Général aux Questions Juives. Son propriétaire est sommé d’enlever son patronyme de l’enseigne – Samuel sonnant trop « juif » pour l’occupant –, une étoile de David est apposée sur les vitrines, et Fred Samuel cède son commerce à un administrateur provisoire.

La joaillerie Fred Samuel devient… Fred. Toute la famille – Fred Samuel, son épouse Thérèse Halphen, ainsi que leurs deux enfants – quitte Paris pour la Zone Libre.

Après avoir été à nouveau fait prisonnier pour avoir effacé le tampon « juif » de ses documents d‘identité, il entre en résistance dans les FFI, et aide les américains dans la reconquête de Paris, où il rentre en 1944.

Reprenant possession de sa boutique – après s’être, non sans mal, débarrassé d’un administrateur provisoire devenu par trop encombrant –, Fred Samuel accueille au sein de l’entreprise familiale ses deux fils, Henri et Jean, qui vont permettre à la Maison de se développer à l’international, de Monte-Carlo à Beverly Hills, de la Chine à Dubaï…

En 1990, à l’occasion du tournage de Pretty Woman, avec Julia Roberts et Richard Gere, l’équipe du film entre dans la boutique Fred de Rodeo Drive, à Beverly Hills, et demande s’il serait possible qu’un collier leur soit prêté pour les besoins du film. A l’époque, la jeune et déjà très belle Julia Roberts n’a que vingt-deux ans, elle est totalement inconnue du grand public, et qui plus est elle incarne le rôle d’une prostituée. Autant de raisons pour lesquelles les autres Maisons de joaillerie de Beverly Hills ont poliment décliné la demande, ne voulant pas que leur image soit mêlé à un personnage aussi anonyme que sulfureux.

La Maison Fred accepta de prêter un collier une vingt-trois rubis taille poire et plus de trois-cents diamants à cette parfaite inconnue qui, grâce à son éclat de rire spontané et totalement improvisé, fera entrer Fred dans l’histoire du 7ème art. A noter que la robe originale et les gants portés par Julia Roberts sont présentés au sein de l’exposition, ainsi qu’une réplique à l’identique du collier, qui fait partie depuis 1991 d’une collection particulière.

Une exposition patrimoniale éphémère et qui ne dure qu’un mois, à voir absolument pour (re)découvrir la vie et les plus belles créations de la Maison Fred et de son fondateur.

Fred, joaillier créateur depuis 1936, jusqu’au 26 octobre au Palais de Tokyo.

Si vous désirez aller plus loin :

Fred, le joaillier solaire, de Vincent Meylan, le catalogue de l’exposition aux éditions Flammarion. 256 pages. 65.00€.
Fred, joaillier créateur depuis 1936, hors-série aux éditions Beaux Arts. 15.00€.
Mémoires d’un joaillier, de Fred Samuel, aux éditions Flammarion. 192 pages. 19.00€.

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