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« Klaus Barbie. La route du rat » : fuite et traque des anciens nazis…

Comme nous le rappellent dès la première page l’auteur Frédéric Brrémaud et l’illustrateur Jean-Claude Bauer, la « route des rats » était, dès la fin de la Seconde guerre mondiale, le nom donné à la filière d’exfiltration permettant aux nazis de fuir l’Europe pour rejoindre des abris sûrs, majoritairement en Amérique du Sud. 

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Empruntée notamment par Adolf Eichmann, Josef Mengele, Klaus Barbie ou encore Ante Pavelic, la « route des rats » a permis, pour la seule année 1947, d’exfiltrer entre 1.200 et 1.800 anciens nazis selon un rapport de la CIA.

Avec le soutien des autorités religieuses – voire du Vatican -, c’est avec des sauf-conduits de la Croix-Rouge ou des faux-papiers délivrés par des gouvernements souverains que ces hommes fuyaient leur passé… et leurs responsabilités dans la Shoah.

Préfacé par Serge et Beate Klarsfeld, figures emblématiques de la lutte pour la Mémoire et la traque des nazis, et postfacé par Jean-Olivier Viout, substitut général du procès Barbie, Klaus Barbie. La route du rat revient sur cette histoire, et plus particulièrement sur le parcours de l’ancien chef de la Gestapo de Lyon, responsable entre autres de la rafle des enfants de la maison d’Izieu, du meurtre de Jean Moulin, et de la rafle de l’UGIF le 9 février 1943.

Après guerre, Klaus Barbie va intégrer les services de contre-espionnage américains. Un statut qui va le rendre presque intouchable. Mais rattrapé par l’histoire et par les actes dont il est responsable durant les années de guerre, doublement condamné à mort, sa présence en Allemagne devient gênante pour le gouvernement d’Harry Truman qui va alors lui fournir, ainsi qu’à sa famille, de faux papiers pour quitter le vieux continent…

Sous le nom d’Altmann, les Barbie embarquent sur le Corrientes en direction l’Argentine, puis la Bolivie. Les allemands contrôlant pour ainsi dire l’économie locale de toute l’Amérique du Sud, on imagine à quel point leur intégration sur des terres si éloignées a finalement dû être aisée…

« [La Bolivie est] une destination idéale pour oublier la guerre et la crainte d’être un jour jugé. »

Klaus Barbie dans ses « Mémoires », en 1983.

Dans la Bolivie du général Banzer, Klaus Altmann va armer la dictature et tremper dans le trafic de drogue, tout en continuant de fournir des renseignements aux Etats-Unis… Il importait peu alors de savoir si ces hommes étaient bons ou non, l’essentiel est qu’ils étaient utiles aux différents gouvernements qui faisaient appel à leurs services.

Au début des années 70, le couple Klarsfeld retrouve sa trace. Et les témoins et victimes sont unanimes : Klaus Altmann EST Klaus Barbie !

Sous couvert d’une émission télé, le journaliste Ladislas de Hoyos et une équipe de journalistes sont envoyés à La Paz pour interviewer Klaus Altmann, tandis que les pancartes de Beate Klarsfeld, enchaînée à un banc de la capitale bolivienne, clament « Ce n’est pas Altmann, c’est Barbie ! »

Pour éviter tout incident diplomatique entre les deux pays, l’ambassade de France a préféré ne pas recevoir Beate Klarsfeld.

Grâce à des pots-de-vin, l’équipe de tournage reçoit le 3 février 1972 l’autorisation de rencontrer Klaus Altmann. Ladislas de Hoyos ne disposera que de quelques minutes, et devra parler espagnol. Mais pour quelqu’un qui ne parle soi-disant pas le français, Klaus Altmann va répondre en allemand, et de manière spontanée, à la désormais fameuse question : « vous n’êtes jamais à Lyon ?« 

L’interview achevée, mal à l’aise, les soldats boliviens réclament les bandes du tournage. Le caméraman va leur donner des bobines vierges, tandis que les bobines originales seront stockées en lieu sûr, dans un coffre à l’ambassade de France. Quelques jours plus tard, l’interview de Klaus Altmann est diffusée sur les chaînes françaises. Et comme si cela ne suffisait pas, les empreintes digitales relevées sur les photos de Klaus Barbie et de Jean Moulin, présentées à Klaus Altmann par Ladislas de Hoyos, révèlent un seul et même homme.

Pour réaliser Klaus Barbie. La route du rat, les auteurs ont suivi étape par étape la fuite de Klaus Barbie. Jean-Claude Bauer, à l’époque dessinateur d’audience pour Antenne 2, avait saisi en 1987 de nombreuses scènes du procès, intégré à la narration et publié ici pour la première fois. 

Cet ouvrage passionnant revient bien entendu sur la vie de Klaus Barbie et son sinistre et très logique parcours personnel – élevé dans la haine des français suite au traité de Versailles, endoctriné, violent, chef de la Gestapo de Lyon à seulement 29 ans… -, mais se concentre surtout sur la fuite, la traque et le procès en donnant la parole à des témoins clé comme Sabine Zlatin, fondatrice de la maison des enfants d’Izieu.

Après dix-huit mois passés mois à Lyon, le sombre « bilan » de Klaus Barbie fait état de 14.000 incarcérations, des centaines de viols, plus de 7.000 déportations, et 4.000 meurtres…

Le 4 juillet 1987, Klaus Barbie est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Il meurt à la prison Saint-Joseph de Lyon le 25 septembre 1911.

Son procès, filmé et suivi par plus de 600 journalistes internationaux, a été le premier procès pour crime contre l’humanité qui s’est tenu en France. Grâce aux innombrables actions de Serge et Beate Klarsfeld, des dizaines d’anciens nazis ont ainsi pu être retrouvés, et jugés pour leurs crimes.

Klaus Barbie. La route du rat, de Frédéric Brrémaud et Jean-Claude Bauer, aux éditions Urban Comics. 152 pages. 20,00€.

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