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La villa Ephrussi de Rothschild, un palais florentin sur la Côte d’Azur

Édifiée sur la partie la plus étroite d’une presqu’île rocailleuse, les façades roses de la villa Ephrussi de Rothschild se détachent depuis un siècle du bleu de la Méditerranée et du vert des collines qui l’entourent tel un écrin.

Tandis qu’au début du 20ème siècle, la Côte d’Azur devient le lieu de villégiature de toute la haute société, Béatrice de Rothschild, fille d’Alphonse de Rothschild, régent de la Banque de France et épouse de Maurice Ephrussi, un banquier originaire d’Odessa, fait l’acquisition de sept hectares de terrain rocailleux perdu au beau milieu de nulle part et se jetant dans des eaux turquoise et émeraude. Son mariage en 1883 avec cet amoureux des arts, dont le cousin Charles est mécène des impressionnistes, va lui permettre de laisser libre court à sa passion, initiée lors de ses jeunes années à l’hôtel de Talleyrand ou au château de Ferrières.

La demeure est construite dans le style de la Renaissance italienne. Pas moins de quinze architectes se succéderont durant les six années que dureront les travaux, années placées sous le signe de l’exigence et de la perfection. En 1912, la villa « Ile de France » — nom inspiré d’un navire de croisière dont Béatrice de Rothschild serait le commandant — est inaugurée.

Desservies par un patio et une galerie entourés de colonnades de marbre rose de Vérone au sein duquel sont exposées des oeuvres médiévales ou Renaissance — une pièce dans laquelle elle aimait donner ses réceptions —, la demeure est une succession de salons, cabinets, chambres et boudoirs aménagés avec raffinement, et répartis sur deux niveaux.

Au rez-de-chaussée, les murs du grand salon sont décorés de boiseries du 18ème siècle provenant de l’hôtel de Crillon, à Paris, tandis que de nombreuses pièces du mobilier sont d’origine royale, à l’image du tapis de la Savonnerie provenant de la chapelle de Versailles, ou une table de whist ayant appartenu à Marie-Antoinette. Les appartements de Béatrice forment une avancée ovale donnant sur la baie de Villefranche et abritent tapis d’Aubusson, commode estampillée Nicolas Petit et boiseries Riesener. La collection de porcelaines de Vincennes et de Sèvres est quant à elle considérée comme l’une des plus belles du genre.

A l’étage, des sculptures en terre cuite trouvent leur place de part et d’autre d’une loggia florentine offrant une vue superbe sur la côte et les jardins de la villa. Dans le salon Fragonard sont présentés des lavis de l’artiste des, fêtes galantes, ainsi que certains dessins de son maître, François Boucher.

Si Béatrice Ephrussi de Rothschild était une amoureuse des arts, elle l’était également de la nature. Après avoir fait dynamité et arasé la quasi-totalité du terrain, Achille Duchêne et Harold Péto, deux architectes-paysagistes, vont durant cinq ans aménager une succession de neuf jardins censés rappeler à la baronne ses nombreux voyages. Cascades, bassins, allées, parterres de fleurs ou de plantes exotiques invitent à la découverte du monde botanique. Jardins japonais, provençal, florentin, espagnol ou encore « à la française », qui domine tous les autres de par sa taille et son emplacement privilégié. Toutes les vingt minutes s’y déroulent des jeux d’eaux musicaux. Un zoo, aujourd’hui disparu, accueillait singes, mangoustes et flamants roses.

A la disparition de son mari en 1916, Béatrice Ephrussi de Rothschild délaisse la villa, qui sera léguée à sa mort en 1934 à l’Académie des Beaux-Arts, ainsi plus de 5.300 pièces réparties dans ses demeures de Saint-Jean-Cap-Ferrat, mais aussi de Paris et de Monte-Carlo.

Célèbre dans le monde, notamment grâce aux nombreux films et séries T.V. pour lesquels elle a servi de décor – Jamais plus jamais, Lady L., La croisière s’amuse ou encore Si c’était demain, la villa Ephrussi de Rothschild est aujourd’hui l’un des sites touristiques les plus visités de la région.

Si vous désirez aller plus loin :

La mémoire retrouvée : l’incroyable destin de la collection Ephrussi, d’Edmund de Waal, aux éditions Albin Michel. 416 pages. 23,30€.
Les lionnes de la Riviera, de Michel Desforges, aux éditions Pygmalion. 237 pages. 21,90€.
La villa Ephrussi de Rothschild, de Jean-Pierre Demoly, aux éditions L’amateur. 192 pages. 59,12€.

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