« Pierres précieuses » : une brillante exposition au Muséum d’Histoire Naturelle

S’il aura fallu des millions d’années pour que la nature livre à l’homme ses plus incroyables merveilles, parfois seules quelques décennies suffisent à certains d’entre eux pour les maîtriser, et les sublimer. Et c’est le cas des diamants, rubis, émeraudes ou autres opales, que nous rassemblons communément sous le nom de « pierres précieuses.

Et Pierres précieuses, c’est précisément le nom de la nouvelle exposition à laquelle nous convie le très beau Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, en collaboration avec Van Cleef et Arpels.

A travers un parcours qui donne l’impression de plonger au centre de la terre, ce sont plus de cinq cents pièces issues des prestigieuses collections du Muséum qui sont mises en regard de deux cents cinquante créations de haute-joaillerie, signées de la célèbre Maison de la Place Vendôme. Une rencontre originale et didactique évoquant l’histoire et la formation multi-millénaire de ces blocs de pierres ou de quartz, et la création humaine qui en découle, de la gemme — taille de la pierre — jusqu’au bijou parant stars de cinéma et têtes couronnées.

Avec une des collections les plus riches au monde, constituée depuis plus de quatre siècles, on considère que c’est Louis XIV, le Roi Soleil, qui est à l’initiative du développement des pierres précieuses en France, ouvrant pour le royaume un centre d’importation majeur, et signant par la même occasion la taille dite « brillant ». Son arrière-petit-fils, Louis XV, posera quant à lui les bases de la joaillerie française, une admiration que ne fera que confirmer un siècle plus tard Louis-Philippe en inaugurant la célèbre galerie de minéralogie du Muséum.

Collerette de la reine Nazil d’Egypte, 1939. Platine et diamants. Ancienne collection de Sa Majesté la reine Nazli d’Égypte. Collection Van Cleef & Arpels. Patrick Gries © Van Cleef & Arpels SA.

Citer chacune des pièces qui se donnent à voir actuellement serait ardue tant cette exposition et riche — c’est moins que l’on puisse dire — et dense, mais évoquons tout de même quelques exemples que certains n’hésitent pas à considérer comme les chefs-d’oeuvre de l’exposition, à commencer par Table de Mazarin, imposant meuble du 17ème siècle au plateau de marbre incrusté de lapis-lazuli et de nacre, cadeau diplomatique offert au fameux successeur de Richelieu ; l’incroyable Coffret d’ambre d’Anne d’Autriche — qui au passage n’aurait jamais appartenu à la reine et régente du royaume de France ; sans oublier le très original Arbre aux tourmalines, à mi-chemin entre le bijou et l’objet de décoration design, créé par Jean Vendome et d’un poids total de près de 750 carats. De son vrai nom Ohan Tuhdarian, Jean Vendome fut le premier à intégrer des cristaux naturels dans ses créations à la fin des années 1950.

En termes de merveilles de haute-joaillerie, citons pêle-mêle l’impressionnant collier de la reine Nazil d’Egypte, composé de 673 diamants et commandé à l’occasion du mariage de sa fille Fawzia avec le futur Shah d’Iran en 1939 — un joyau exposé pour la première fois en France. Avec plus de 200 carats, sa forme n’est pas sans rappeler les pectoraux que portaient les égyptiens dans l’Antiquité ; on admirera également le collier d’or, d’émeraudes et de diamants de la Begum Salimah Aga Khan, bijou « multi-fonctions » transformable en ras-de-cou, et pouvant se diviser en deux bracelets ou se porter en clip ; ou encore le discret bracelet Courant Marin en opale, saphir, lapis lazuli et diamants, inspiré de la Vague d’Hokusai.

Enfin, la Tête de Vestale, qui semble au premier regard être une huile sur toile, est en réalité un splendide tableau du début du 19ème siècle composé de micro-mosaïques de calcaire, de marbre et de jaspes rappelant les décors majestueux des riches demeures de l’aristocratie romaine. Un travail impressionnant de finesse et de réalisme.

Topazes, tourmaline, saphirs, quartz, aigues-marines, cristal de roche, corail, turquoise, nacre… C’est dans un éclatant feu d’artifices de couleurs et de matières que plonge un visiteur comme absorbé par la quarantaine de vitrine, toutes aussi étincelantes les unes que les autres, et sublimées par les éblouissantes créations de la Maison Van Cleef et Arpels.

Si l’union en 1906 d’Estelle Arpels, fille d’un négociant en pierres précieuses, et d’Alfred Van Cleef, fils d’artisan lapidaire et courtier en diamants, a donné naissance à des oeuvres d’une délicatesse et d’une légèreté inégalées à la renommée internationale, l’ « union » en 2020 de la Maison et du Muséum d’Histoire Naturelle marque d’une pierre blanche (« précieuse », forcément) la seconde collaboration entre les deux institutions, après l’exposition The art and science of gems au ArtScience Museum de Singapour en 2016.

Pierres précieuses, jusqu’au 14 juin 2021 au Muséum National d’Histoire Naturelle.

Si vous désirez aller plus loin :

L’Histoire des Van Cleef et des Arpels, de Jean-Jacques Richard. 256 pages. 20,00€.
Renée Rachel Van Cleef, oubliée de la Place Vendôme, de Jean-Jacques Richard. 292 pages. 12,18€.
Joailliers de légende. De Chaumet à Van Cleef & Arpels, de Bertrand Meyer-Stabley et Laurence Catinot-Crost, aux éditions Bartillat. 310 pages. 22,00€.
Trésors et légendes de Van Cleef & Arpels, de Vincent Meylan, aux éditions Télémaque. 472 pages. 27,00€.
Eloge de la main. Les Métiers de la haute-joaillerie chez Van Cleef & Arpels, aux éditions Rizzoli. 200 pages. 78,00€.

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