« Der Passfälscher » : histoire d’un faussaire juif dans l’Allemagne nazie

Le samedi 27 janvier à 20h00, dans le cadre du Festival Dia(s)porama, le cinéma L’Escurial projettera « Der Passfälscher » (« The Forger »), le biopic de la réalisatrice Maggie Peren tiré des mémoires de Cioma Schönhaus.

Berlin, 1942. Etudiant en art, le jeune Samson « Cioma » Schönhaus est contraint d’arrêter ses études et de travailler pour l’effort de guerre. Toiles et les pinceaux cèdent la place à l’industrie de l’armement.

Tout comme son ami Det, Cioma est juif. Si pour l’instant ils ont pu échapper à la déportation grâce à une dérogation spéciale, ce n’est malheureusement pas le cas de leurs parents. Et une fois cette dérogation expirée, rien n’évitera aux deux jeunes garçons de prendre eux aussi la route de l’Est…

Cioma et Det décident d’entrer en clandestinité, changent d’identité, retirent leur étoile jaune et vivent au grand jour comme de bons allemands aryens, se faisant même passer pour des soldats ou des marins en permission. Dans une Allemagne tout juste déclarée « judenfrei » et entièrement acquise au nazisme, les rares juifs encore présents vivent sous la menace permanente d’une dénonciation. Et comme si le climat n’était pas encore suffisamment anxiogène, voilà que Cioma est recruté par Kaufmann, jugeant que ses talents d’artiste seraient bien plus utiles à la création de faux-papiers plutôt qu’à la fabrication d’armes. « Une contrefaçon réussie est une œuvre d’art. »

« Nous avons vu tellement de films de guerre. Ce sont des images que nous connaissons par cœur. Nous n’avons plus besoin de grandes scènes nazies cruelles. Ce film est le contraire et sa focale très resserrée autour du personnage principal fonctionne très bien. »

Louis Hoffmann, interprète de Cioma Schönhaus.

En 2004, Cioma Schönhaus publiait ses mémoires sous le titre Der Passfälscher, traduites trois ans plus tard en anglais. Grâce à ses faux-papiers, en l’espace de quelques mois et au risque de sa vie, Cioma Schönhaus a permis à des centaines de juifs de fuir l’Allemagne.

« J’ai décidé de faire le film après avoir rencontré Cioma en novembre 2013. Après avoir lu son livre, je n’arrivais pas à penser à autre chose qu’à cette histoire et à son amour de la vie. Je l’ai appelé puis j’ai pris le train pour Bâle afin de le rencontrer […] Au moment de sa mort, j’en étais à la quatrième sinon cinquième version du scénario du film. »

Maggie Peren, réalisatrice.

Si le film situe l’atelier clandestin de Cioma Schönhaus dans l’appartement familial, il se trouvait en réalité dans le quartier de Berlin-Moabit, au Nord du Tiergarten ; un atelier qu’il partageait avec l’imprimeur Ludwig Lichtwitz et l’électricien Werner Scharff, juifs eux aussi. Lorsqu’à l’été 1943 Lichtwitz et Scharff furent dénoncés et arrêtés, Cioma Schönhaus quitta Berlin pour le Bade-Wurtemberg à vélo, puis gagna la Suisse grâce à l’un de ses faux-papiers, se faisant passer pour un soldat de la Wehrmacht. Certains objets, dont le faux passeport qui lui permit de s’enfuir, sont aujourd’hui conservés au Musée Juif de Suisse, récemment légués par son fils Sasha.

« Nous n’avons pas son faux passeport, Cioma l’a jeté dès qu’il a passé la frontière. Mais sa pochette est là. C’est un témoignage direct de sa fuite. Si sa petite sacoche et les autres objets familiaux restent accessibles au public au Musée juif, son histoire ne tombera pas dans l’oubli. »

Sasha Schönhaus.

Cioma Schönhaus est mort en Suisse en septembre 2015 à l’âge de 93 ans.

Der Passfälscher (« The Forger »), le samedi 27 janvier à 20h00 au cinéma L’Escurial. La projection sera suivie d’un échange avec Alexandre Bande, docteur en histoire et intervenant au Mémorial de la Shoah.

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