12 November 2019
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« L’oeuvre sans auteur », trois décennies d’histoire de l’Allemagne…

Pour son troisième long-métrage, Florian Henckel von Donnersmarck, oscarisé en 2007 avec La vie des autres, nous livre L’oeuvre sans auteur, sorte de fresque artistique de plus de trois heures et trente ans d’histoire de l’Allemagne en toile de fond.

Dresde, 1937. Le petit Kurt Barnert et sa tante Elisabeth visitent l’exposition Entartete Kunst, inaugurée à Munich le 19 juillet de la même année. Prônant la supériorité de l’art allemand face à l’art étranger, cette exposition présente quelques 700 toiles d’Otto Dix, Franz Marc, Piet Mondrian ou encore Vassily Kandinsky décrochées des musées allemands afin de présenter un « art malade » au peuple allemand. Une visite qui va encourager et aiguiser l’intérêt du petit garçon pour l’art et la peinture.

En 1945, à l’issue d’une guerre qui n’a laissé de l’Allemagne qu’un vaste champs de ruines, la partie Est du pays passe sous contrôle soviétique. Carl Seeband, éminent gynécologue du Reich et médecin personnel de Martha Goebbels et d’Emmy Göring, est arrêté. En raison d’un service rendu au commandant de l’Armée rouge, il ne sera finalement pas jugé, et relâché. 

Quelques années plus tard, Kurt Barnert entre à l’Académie des Beaux Arts, où il fait la connaissance d’Ellie, elle aussi étudiante. Ignorant que tous deux partagent un passé commun, ils vont tomber amoureux, se marier, et fuir à l’Ouest. Mais à Düsseldorf, où Kurt découvre le travail de Lucio Fontana ou d’Yves Klein entre autre, le jeune artiste cherche sa voie et peine à se trouver, s’essayant à la sculpture, au collage… La peinture qu’il a connue et apprise à l’Est semble ici être morte.

Ce sera dans son histoire personnelle que le jeune homme découvrira finalement son style et gagnera sa notoriété, faisant parallèlement resurgir un terrible passé auquel Ellie est étroitement liée.

Projet de longue haleine, L’oeuvre sans auteur, composé de deux parties d’un peu plus d’une heure trente, brosse donc à travers le portrait d’un artiste, Kurt Bartnert, trois décennies mouvementées de l’histoire allemande, du nazisme à la République fédérale, en passant par l’occupation soviétique de l’immédiat après-guerre, la naissance de la RDA et de la RFA, la construction du mur de Berlin… Le film montre également avec quelle habileté – et surtout opportunisme – certains bourreaux nazis sont parvenus à échapper aux mailles du filet, et finalement poursuivre leur vie et embrasser une nouvelle carrière, en toute impunité, dans une nation où ils étaient redevenus anonymes et qui ne voulait plus entendre parler de la guerre ni de ses crimes.

A l’image de sa réalisation, la distribution du film est elle aussi d’une très grande qualité. Et comme on ne change pas une équipe qui gagne, c’est donc tout naturellement que Florian Henckel von Donnersmarck a de nouveau fait appel à Sébastien Koch, rôle principal dans La vie des autres, qui campe ici le professeur Seeband, médecin nazi pur souche. Quant au personnage de Kurt Bartnert, il est interprété par Tom Schilling, déjà vu à de nombreuses reprises sur grand écran dans La femme au tableau, Suite française, ou encore Mein Kampf, d’Urs Odermatt, dans lequel il incarnait le rôle du dictateur nazi. 

« J’ai eu une une sorte de déclic immédiat, mais ce projet me tenait aussi à cœur pour une raison personnelle : au départ, je ne voulais pas vraiment être acteur, mais je rêvais de devenir peintre. J’ai donc pu réaliser un vieux rêve. »

Tom Schilling

Essentiellement axé sur l’art, son histoire et son évolution dans une nation profondément divisée, L’oeuvre sans auteur évoque en ouverture l’exposition Entartete Kunst (Art Dégénéré), qui a été reconstituée en détail pour les besoins du film. Ayant nécessité d’importantes recherches artistiques, cette reconstitution a également permis de recréer des œuvres aujourd’hui disparues, et connues uniquement grâce aux photos en noir et blanc de l’époque, à l’image des Invalides de guerre, signée Otto Dix, exposée en 1937 et détruite sitôt l’exposition terminée.

Plus de trois heures donc pour cette réalisation-fleuve dont il convient, bien entendu, de voir les deux parties. Une prouesse, et une belle réussite.

L’oeuvre sans auteur, de Florian Henckel von Donnersmarck, en salle le 17 juillet.

Si vous désirez aller plus loin :

Histoire de l’Allemagne, de 1806 à nos jours, de Johann Chapoutot, aux éditions PUF. 128 pages. 9,00€.
Le mur de Berlin, Frederick Taylor, aux éditions Tempus Perrin. 704 pages. 12,00€.

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