21 July 2019
Et aussi sur Cultures-J.com

Tomas de Torquemada, un Grand Inquisiteur en quête d’unité religieuse…

Dernier né de la collection La véritable histoire vraie, qui traite des « méchants de l’histoire » sous forme de bande dessinée, Tomas de Torquemada, sorti fin mai 2019 aux éditions Dupuis, revient donc sur la vie de celui qui fut pendant plus de deux décennies le Grand Inquisiteur des Rois Catholiques.

Né en 1420 dans une Espagne composée de royaumes distincts, de la Castille à Navarre en passant par l’Aragon et l’émirat de Grenade, Tomas de Torquemada, neveu du cardinal et théologien dominicain Juan de Torquemada, est un enfant austère et solitaire, voire même effrayant.

Préférant l’église à la compagnie de camarades de son âge, il se fait remarquer par sa dévotion et son érudition. Torquemada prie fort, chante fort, et même… étudie fort !

Docteur en théologie au couvent de Santa Cruz de Ségovie, le premier couvent dominicain fondé en Espagne au 13ème siècle, il en devient le prieur en 1452, à l’âge de trente-deux ans. Une fonction qu’il occupera jusqu’en 1474, en parallèle du rôle très opportun de professeur et confesseur de l’infante Isabelle de Castille, à qui il dispense une éducation largement orientée vers ses propres intérêts : l’oppression et de l’unité religieuse de l’Espagne.

Après plus de huit siècle de présence, l’émirat de Grenade est en effet toujours aux mains des musulmans, quant aux Juifs, ces « descendants de Judas » infiltrés à tous les niveaux du pouvoir, leur influence et leur collaboration avec les Maures représentent une sérieuse menace pour la grande Espagne catholique dont il rêve. De plus, il en est convaincu, les « conversos », ces Juifs convertis au catholicisme desquels il descends pourtant lui-même, pratiquent toujours en secret le culte de leurs aïeux.

Une fois souveraine, Isabelle devra poursuivre et achever la reconquista du royaume initiée au 8ème siècle. Et pour rendre son élève et pénitente plus enclin encore à servir ses propres desseins, Tomas de Torquemada va œuvrer dans l’ombre afin de créer une alliance entre la Castille et l’Aragon, rendant ainsi les deux monarques plus puissants…

En 1478, toujours sous son influence, Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon, désormais mariés, vont demander au pape Sixte IV l’autorisation d’établir une inquisition en Espagne, demande validée par le souverain pontife dans « l’intérêt de la religion catholique ».

Sur les plans de l’architecte Felipe del Traile, un Juif qui sera l’une des premières victimes de la toute jeune organisation, la première forteresse et prison de l’inquisition est construite à Séville, ville dans laquelle se déroulera également le premier autodafé en février 1481.

La suspicion et le peur qu’inspirent l’inquisition finiront par transformer chaque mère de famille, chaque honnête travailleur en suspect potentiel. La délation anonyme facilitera largement ce sentiment de crainte qui ne tardera pas à connaître ses premiers excès.

Comme en tout temps, la peur et l’insécurité d’un peuple ne trouvent d’échappatoire que dans la désignation de coupables à ses maux. Alors que l’émirat de Grenade est repris aux mains des musulmans en 1490, les Juifs sont accusés d’avoir assassiné un enfant chrétien un vendredi saint avant de l’avoir cloué sur une croix. En guise de représailles, un bûcher sera dressé à Avilla, et à nouveau, des émeutes anti-juives vont gagner tout le pays. Offerts aux flammes, des dizaines de rouleaux de la Torah, mais aussi de peintures ou de manuscrits de l’université de Salamanque seront brûlés en place publique. Des débordements incontrôlés qui vont provoquer la colère des souverains.

Tomas de Torquemada profitera de ce climat de tensions et d’instabilité à l’égard des Juifs pour initier ce qui allait devenir un moteur essentiel à la désinformation et au maniement des peuples : la propagande. Il mettra en place de fausses rumeurs qui, savamment dispensées dans divers couches de la société, vont mener à de nouveaux débordements auxquels la seule réponse selon lui ne peut être que l’exclusion. Après les musulmans, les Juifs étaient en passe d’être également chassés d’Espagne.

Influents et proches de la cour, Abraham Senior, financier et conseiller du couple royal, et Isaac Abravnel, diplomate et philosophe, tenteront d’intervenir en faveur de leur peuple… en vain. Manipulés par Torquemada, Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon se montrent intraitables. Si dans trois mois, les Juifs du royaume ne se sont pas convertis au catholicisme, ils seront expulsés d’Espagne.

Richement documenté et toujours aussi distrayant sur un scénario de Bernard Swysen et des dessins cette fois-ci signés Marco Paulo, Tomas de Torquemada. La véritable histoire vraie évoque également divers événements liés à cette période, du financement de Christophe Colomb dans sa chasse aux Amériques jusqu’à la nomination de Rodrigo de Borgia au Saint Siège sous le nom d’Alexandre VI, en passant par les tractations secrètes afin de faire « revenir les Juifs » en Espagne, leur expulsion ayant plongé l’économie du pays dans une récession sans précédent.

De nombreuses notes en bas de case, des cartes et des extraits du manuel de l’Inquisition en fin d’ouvrage complètent agréablement ce nouveau volume, duquel il est difficile de décrocher tant le destin de cet homme est aussi incroyable qu’il est effrayant.

Un ouvrage à mettre entre toutes les mains !

Tomas de Torquemada, la véritable histoire vraie, de Bernard Swysen et Marco Paulo, aux éditions Dupuis. 64 pages. 12,50€.

Si vous désirez aller plus loin :

L’inquisition espagnole, du XVème au XIXème siècle, de Bartolomé Bennassar, aux éditions Hachette. 382 pages. 9,60€.
Le manuel des inquisiteurs, aux éditions Albin Michel. 304 pages. 13,50€.
Histoires de l’inquisition, de Rémy Bijaoui, aux éditions Glyphe. 230 pages. 15,00€.
Isabelle et Ferdinand, rois catholiques d’Espagne, de Joseph Pérez, aux éditions Fayard. 486 pages. 26,00€.

Partagez vos impressions

Cet article vous intéresse ? Laissez un commentaire.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.