20 November 2018
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“Egon Schiele”, une expo-événement à la Fondation Louis Vuitton

A l’occasion du centième anniversaire de la mort du peintre Egon Schiele, la Fondation Louis Vuitton consacre actuellement, et jusque mi-janvier 2019, une grande exposition dans laquelle les visiteurs sont invités à (re)découvrir, à travers un parcours chronologique présentant une centaine de dessins et toiles issues de collections particulières ou de musées américain, israélien, allemand, autrichien, la vie et l’oeuvre de celui qui est toujours aujourd’hui considéré comme l’un des artistes majeurs du mouvement expressionniste.

Peintre autrichien le plus célèbre avec Gustav Klimt, génie précurseur, non-conventionnel, torturé par la mort de son père en 1905, la brève carrière d’Egon Schiele – une dizaine d’années –  trouve sa genèse dans une Vienne effervescente et en pleine mutation. Tandis que la ville est encore la capitale d’un empire austro-hongrois prêt à exploser à la faveur de la Première guerre mondiale, Sigmund Freud révolutionne la médecine avec la psychanalyse, et Gustav Klimt, Otto Wagner et Josef Hoffmann bousculent l’art et l’architecture mondiales.

Egon Schiele commence à dessiner très jeune, et sera remarqué par son professeur de dessin Ludwig Karl Strauch avant d’entrer à l’âge de seize ans à l’Académie des Beaux Arts de Vienne, où il fera d’ailleurs la connaissance de Gustav Klimt, qui deviendra son maître spirituel, mais où il va s’ennuyer tant l’enseignement qui y est dispensé se révèle conservateur. C’est sur cette première période que s’ouvre l’exposition.

Un an plus tard, il est exposé pour la première fois et présente une dizaines de travaux, puis seulement quatre en 1909 à l’Exposition internationale des beaux arts de Vienne, présidée par Gustav Klimt. Parmi des toiles de Van Gogh, Munch, Matisse, Bonnard, Gauguin ou Kokoshka, les visiteurs peuvent également découvrir Danaé, inspirée de la Danaé de Klimt. Egon Schiele n’ayant pas les moyens financiers de travailler la feuille d’or, c’est avec de l’aluminium et du cuivre qu’il crée des effets métalliques.

Au cours de cet événement au rayonnement international, il rencontre des professionnels du monde l’art, des collectionneurs – dont Carl Reininghaus, qui deviendra un de ses collectionneurs les plus importants – mais aussi des architectes, parmi lesquels Otto Wagner ou Josef Hoffmann, dont le Palais Stoclet sera pour Schiele l’objet d’une de ses commandes les plus importantes, malheureusement jamais réalisées, pour l’un des vitraux de la demeure, le Portrait de Poldi Lodzinski. L’une des études de ce projet, réalisée à l’aquarelle, son médium de prédilection à partir de 1910, est actuellement conservée au musée Thyssen Bornemiza de Madrid.

En avril-mai 1911 a lieu sa première grande exposition personnelle, à la galerie Miethke de Vienne. L’occasion pour Schiele de faire la connaissance d’une jeune femme à la réputation sulfureuse, Wally Neuzil, déjà modèle de Klimt, qui va devenir sa compagne et son modèle favori pendant de nombreuses années. Le couple s’installera en Bohème du Sud, dans la ville de Krumlov, qui mettra à la disposition de l’artiste sa plus vaste salle afin qu’il puisse réaliser de grands formats.

Mais la réputation aux moeurs légères de Wally et les dessins érotiques d’Egon Schiele, qui se concentre sans relâche sur le visage et le corps humain, dérangent. Tout comme l’aspect déluré de ses modèles, parfois semblables à des marionnettes. Des attitudes qu’il a pu étudier dans un asile psychiatrique.

Schiele et Wally seront contraints de déménager pour les environs de Vienne, où l’accueil qui leur sera réservé ne sera guère plus favorable. Soupçonné de détournement de mineur, Egon Schiele sera arrêté et emprisonné pendant près d’un mois, et une centaine de ses toiles, jugées “à caractère pornographique”, seront confisquées par le tribunal de la ville, dont Le cardinal et la nonne, exposée ici et inspiré du Baiser de Klimt. Une expérience qui le traumatisera, mais qu’il mettra à profit pour créer en cellule treize tableaux illustrant l’inconfort de sa détention.

Bien qu’il expose de plus en plus régulièrement, de Budapest à Rome en passant par Cologne, Munich, Berlin, Bruxelles, Paris et Vienne, au pavillon de la Sécession, il peine à être reconnu, les critiques allant jusqu’à attribuer son travail aux “excès d’un cerveau perdu”.

De 1915, année à laquelle il épouse Edith Harms, jusqu’en 1918, alors que la Première Guerre Mondiale ravage l’Europe, il entre en garnison à Vienne, loin du front. Mais début février 1918, Gustav Klimt, qui fut son maître et sa principale source d’inspiration, s’éteint, quelques jours avant la 49ème édition de la Sécession Viennoise, qu’il devait présider. Egon Schiele se charge alors de l’organisation, et dessine l’affiche de l’exposition, intitulée La compagnie à la table, où on le voit attablé en compagnie d’autres artistes. Lors de cette édition de la Sécession, il expose dix-neuf toiles et vingt-neuf dessins dans la salle principale du pavillon. L’événement est un succès, une grande partie de ses oeuvres est vendue, et il décroche même de nombreuses commandes de portraits.

Mais alors même que la notoriété semble arriver, à la fin de l’année 1918 la grippe espagnole frappe son épouse Edith, enceinte de six mois, qui décèdera le 28 octobre. Egon Schiele s’éteint trois jours plus tard, avant d’avoir pu honorer la plupart de ses commandes mais laissant à la postérité quelques trois cents peintures, dont une centaine d’autoportraits, plus trois mille dessins, aquarelles et gouaches, dix-sept gravures et lithographies, mais aussi des gravures sur bois ou des sculptures dont une grande partie est aujourd’hui conservée au Léopold museum de Vienne.

“Celui qui n’est pas assoiffé d’art est proche de sa dégénérescence”. Egon Schiele.

La très belle exposition que consacre aujourd’hui la Fondation Louis Vuitton à Egon Schiele est la première à Paris depuis vingt ans. Autant dire que c’est un événement ! Alors certes, cette fin d’année est culturellement chargée, mais Egon Schiele doit impérativement figurer parmi vos “must see” !

Egon Schiele, à la Fondation Louis Vuitton jusqu’au 14 janvier 2019.

Si vous désirez aller plus loin :

– Egon Schiele, le catalogue de l’exposition, aux éditions Gallimard. 224 pages. 35,00€.
Egon Schiele : Narcisse écorché, de Jean-Louis Gaillemin, aux éditions Gallimard. 160 pages. 15,90€.
En prison, de Egon Schiele, aux éditions La fosse aux ours. 61 pages. 13,00€.
Egon Schiele. Dessins et aquarelles, de Ivan Vartanian et Jane Kallir, aux éditions Hazan. 496 pages. 35,50€.
Egon Schiele XL, aux éditions Taschen. 600 pages. 150,00€.
L’Art Nouveau en Europe, de Roger-Henri Guerrand, aux éditions Tempus. 304 pages. 8,50€.
Gustav Klimt, Oskar Kokoschka, Egon Schiele : un monde crépusculaire, de Jean-Jacques Levèque, aux éditions ACR. 216 pages. 14,90€.
Au temps de Klimt : la Sécession à Vienne, aux éditions Pinacothèque de Paris. 230 pages. 33,00€.

Et pour la jeunesse :

Egon Schiele, Xavier Coste, aux éditions Casterman. 66 pages. 18,00€.
Les Grands Peintres. Egon Schiele, “Le cardinal et la nonne”, de Dimitri Joannidès et Nicolas Sure, aux éditions Glénat. 56 pages. 14,50€.

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