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« Les FTP-MOI. Paris-Toulouse, 1942-1944 », de Mosco Levi Boucault

Film 1. Ni travail, ni famille, ni patrie.

ftp-moi dvdCréé en 1941, et essentiellement composée de Juifs et d’étrangers – italiens, polonais, roumains ou encore espagnols réfugiés en France après la chute de la République, et ayant donc des comptes à rendre avec le fascisme, le groupe de résistance des FTP-MOI – Francs-Tireurs Partisans de la Main d’Oeuvre Immigrée, comptait des brigades à Grenoble, Marseille, Lyon, et surtout Paris et Toulouse.

Particulièrement actifs et déterminés, ces groupes, qui menaient des opérations de propagande visant à grossir leurs rangs et à inciter Juifs et étrangers à se défendre, étaient surtout à la tête d’importantes opérations de résistance – sabotage, éliminations de collaborateurs et d’officiers allemands entre autres.

Sur ordre du Parti Communiste, Marcel Mendel Langer crée à Toulouse un « détachement d’étrangers » dont les foyers de guérillas doivent apporter un soutien à la Résistance à l’Est, et contraindre quantité de soldats et d’officiers allemands à se tenir loin du front Ouest, où leur présence serait pourtant bien plus nécessaire.

Avec pour noms de code « Veste rouge », « La rouquine »,  « Léon » ou « Le napolitain », les membres de la 35ème brigade des FTP-MOI de Toulouse sont jeunes – 25 ans en moyenne, et issus de la classe ouvrière. Mixte, elle est composée d’hommes qui font dérailler des trains à destination de l’armée allemande, détruisent des grues déchargeant du matériel sur le canal du Midi ou commettent des actes de sabotages sur le matériel de la Wehrmacht, et de femmes, essentielles et particulièrement actives, qui transportent les armes, filent les cibles et fabriquent les bombes.

En février 1943, lors d’un contrôle en gare de Saint-Agne, Marcel Langer est arrêté avec une valise bourrée d’explosifs. En plus d’être Juif, communiste et polonais, ses évidentes activités terroristes sont autant de raisons pour le condamner à mort. Au cri de « Vive la France », il est guillotiné le 23 juillet dans la prison Saint-Michel.

Son arrestation et son exécution portent un coup dur à l’ensemble de la brigade, qui décide de se radicaliser. En représailles, le juge Lespinasse, qui a prononcé la sentence de mort de Marcel Langer, est assassiné en octobre de la même année, ce meurtre faisant dans le même temps régner un climat de profonde insécurité parmi les politiques et les magistrats collaborateurs. Mais faute de moyens, les hommes et les femmes du groupe sont contraints de mener leurs opérations avec du matériel vétuste, quand il n’est pas défectueux. Les armes s’enrayent, d’autres ne sont même pas chargées en munitions.

Tandis que la tentative d’assassinat sur la personne du préfet de Haute-Garonne Cheneaux de Leyritz, plus antisémite que les antisémites, ayant instauré des mesures d’exclusions des Juifs avant même que celles-ci ne soient officiellement adoptées par le régime de Vichy, est abandonnée car jugée trop risquée, d’autres n’auront pas cette chance. Le 20 décembre 1943, dans une ruelle sombre du centre-ville, l’abbé Sorel, collaborateur et co-fondateur de la milice française, sera abattu d’une balle dans la tête. A la suite de cette opération, Jean Gerhardt, successeur de Marcel Langer à la tête de la brigade, est désavoué. S’attaquer à un homme d’église – fût-il collaborateur, ne pouvait être toléré.

Critiquée, la 35ème brigade poursuit cependant ses opérations de résistance. Mais l’attentat visant le cinéma des Variétés, haut-lieu d’antisémitisme et de collaboration à Toulouse, le 1er mars 1943, mettra définitivement un terme à la brigade. Tandis qu’un bombe devait être déposée sous un siège de la salle et exploser le soir même, lors d’une projection du film Le Juif Süss, une mauvaise manipulation déclenche l’explosion, tuant deux membres de la brigade et en blessant grièvement un troisième.

Dénoncés quelques jours plus tard, une vague d’arrestations mènera au démantèlement de la brigade, et tous ses membres envoyés dans des camps.

Certains d’entre eux ont survécu, et témoignent aujourd’hui devant la caméra de Mosco Levi Boucault qui signe avec Les FTP-MOI. Paris-Toulouse, 1942-1944, un documentaire touchant, bouleversant et profondément héroïque sur un événement assez méconnu de la Seconde guerre mondiale.

De leurs rencontres avec des membres de la 35ème brigade à leurs premières opérations, passant de l’action militante à l’action militaire, ils racontent ce qu’ils ont ressenti lorsqu’ils virent un bombe pour la toute première fois, la frustration et la déception quand, afin de tester leur motivation et leur sang-froid, ils reçurent l’ordre de voler une bicyclette alors qu’ils désiraient abattre l’armée allemande toute entière, mais également leur rencontre avec celui qui allait devenir l’homme ou la femme de leur vie, alors que pour d’évidentes raisons de sécurité, il leur était formellement interdit de se fréquenter ou de vivre ensemble.

Film 2. Des « terroristes » à la retraite.

Le second film s’ouvre sur des images d’archives d’attentats et de victimes à Chalon-sur-Saône, à Grenoble, à Bourg-en-Bresse… « Telles sont les œuvres des terroristes étrangers, et presque tous Juifs, arméniens, Juifs polonais, espagnols rouges… » annonce d’un ton monocorde la voix-off.

Au terme d’un procès expédié en une journée par un tribunal militaire allemand, les responsables de ces actions, dont Missak Manouchian, considéré comme leur chef, seront condamnés à mort. Le lendemain, la propagande nazie placarde dans la capitale 15.000 affiches rouges avec les noms et les photos des exécutés. Ils ignoraient alors que quelques années plus tard, celles-ci deviendraient le symbole du combat des étrangers contre l’Occupation.

Cinq polonais et deux roumains, tous Juifs, témoignent ici de leur histoire personnelle, depuis leur enfance dans leur pays d’origine, qu’ils seront contraint de fuir parce que communistes, jusqu’à leur fuite vers la France où ils n’obtiendront qu’un droit d’asile, sans autorisation de travail, et enfin leur entrée en Résistance. Juifs, étrangers et communistes, ils n’ont plus rien à perdre. En devenant combattant, ils ont plus de chances de survie qu’en restant passif.

De juin 1942 à novembre 1943, le réseau parisien des FTP-MOI, fondé par Boris Holban puis dirigé par Missak Manouchian, commettra pas moins de 229 actions dans la capitale. S’ils privilégiaient les attaques contre les troupes et les locaux de soldats allemands, le grillageage de ces derniers les obligera à changer de tactique, voire de cible. Frappant peu mais fort, appuyés par un service de renseignement qui passe des jours et des semaines à espionner une cible, ils commettront le 28 septembre 1943 l’attentat le plus retentissant de leur histoire avec l’assassinat devant son domicile de la rue Petrarque de Julius Ritter, général SS, adjoint au ministre du travail et chargé à Paris de superviser le STO – Service de Travail Obligatoire, responsable de l’envoi en Allemagne de centaines de milliers de jeunes travailleurs français.

Un mois et demi plus tard, la police lance une vaste opération contre les réseaux de Résistance, conduisant à l’arrestation de 200 personnes parmi lesquels Missak Manouchian, et 22 de ses camarades. Ils seront fusillés en février 1944 au Mont-Valérien.

Les FTP-MOI. Paris-Toulouse, 1942-1944, de Mosco Levi Boucault. DVD Arte.

Si vous souhaitez aller plus loin :

La 35e Brigade FTP-MOI, de Jean-Yves Boursier.

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