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« Arouna ne répond pas », le premier roman de Michelle Mosiniak

Michelle Mosiniak, auteure et sculpteure, signe son quatrième ouvrage et son premier roman : Arouna ne répond pas. Ce livre de grande qualité littéraire et poétique, vibrant d’intensité  émotionnelle, retrace le destin croisé de deux êtres unis par une problématique commune : l’exil, vécu certes de façon très différente mais marqué par la souffrance du passé, lui, par la traite négrière, elle par la Shoah qui a touché sa famille.

Arouna, natif d’un village sérère au Sénégal, est venu étudier à Paris dans les années 60. Il sera tiraillé entre deux continents, deux civilisations, entre les promesses d’une vie meilleure en Occident mais parfois sans âme, et une enfance baignée de lumière de l’Afrique mais porteuse de misére et de corruption.

La rencontre avec Nora, comme une évidence, est marquée par la force du lien qui les unit, fondé sur leurs héritages respectifs . Elle écrira :

« Il se  peut qu’une mystérieuse parenté ait existé très tôt entre le sort des Africains et ma propre histoire, parenté  fondée sur l’ordre du déracinement : juifs errants, ceux de la sage Europe de l’Est, contre bateaux négriers louvoyant sur l’Atlantique mercenaire. »

Extrait de « Arouna ne répond pas ».

Leur rencontre embellira sa vie à Paris, lui apportera un peu de sérénité,  lui fera explorer le monde de l’art et de la culture, allégera ses doutes mais persistera toujours cette angoisse de l’exil qui lui colle à la peau. Chacun cherchera en l’autre la force qui sauve. Nora par sa quête de l’altérité, de cette sagesse ancestrale, et Arouna par la douceur l’énergie et la force de vie de Nora.

Arouna ne se sent de nulle part, ou dans un « no man’s land » angoissant et stérile. Condamné à un repli douloureux, il baigne dans un silence ombrageux qui l’exclut souvent et scie avec obstination la branche qui le porte. Pourtant le récit est traversé de fulgurances lumineuses inscrits dans cette fraternité de destin et de sagesse régénératrice.

« La beauté d’Arouna rend Nora lyrique (…) La peau aussi, fine comme de la soie, d’un noir bleuté, ce qui accentue le côté idole bienveillante. Les jours où il va bien, il est un dieu tutélaire dont les traits forcent l’attention. Il est de ceux que l’on a déjà arrêtés dans la rue pour leur dire qu’ils sont beaux. A cause du nez noble, légèrement busqué dont les ailes minces révèlent une sensibilité aiguë, à cause de la bouche aux lèvres pleines mais pas épaisses, découvrant parfois un sourire d’enfant plein de santé, à cause de deux traits de pinceau symétriques et japonais coiffant des yeux longs et écartés, et ceux que l’on dit en amande ou de gazelle, fuyant la plupart du temps pour échapper au regard inquisiteur, suspicieux condescendant des blancs…

EXTRAIT DE « AROUNA NE RÉPOND PAS ».

Sa quête identitaire, tour à tour cocasse ou tragique, dépasse la destinée individuelle pour rejoindre celle des déracinés de toujours et de partout. L’écriture de Michelle Mosiniak est magnifique ; sans jamais sombrer dans l’exotisme ni la caricature, elle illumine le portrait d’Arouna, homme digne et sage, tel un livre lumière.

Arouna ne répond pas, de Michelle Mosiniak, aux éditions La trace. 282 pages. 20,00€.

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