12 November 2019
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« Le schmock », de Franz-Olivier Giesbert, un livre entre roman et reportage

L’auteur, bien connu des lecteurs français, nous conte l’histoire de deux familles allemandes, l’une juive et intégrée, et l’autre allemande à travers le 20ème siècle qui, pour l’Europe, fut une plongée dans l’horreur et la recherche d’une identité définie, soit par les autres soit par eux-mêmes.

A travers ces deux familles vont défiler des personnages réels, tels qu’Hitler et consorts, et d’autres fictifs qui seront mêlés à la Grande Histoire. Ce docu-fiction essaie de nous faire approcher les contradictions et les compromissions des différents acteurs pris dans un vortex qui engloutit les âmes, à part quelques-uns qui réussiront à garder une grande partie de leur libre arbitre, notamment du côté de la famille juive, sans toutefois ne pas être atteint par la gangrène.

Franz-Olivier Giesbert nous fait rencontrer des auteurs célèbres, tels que Thomas Mann ou Robert Musil, des peintres aussi, comme Edward Munch ou Franz Marc, et bien sûr toute la clique nazie, de Bormann à Goebbels en passant par Himmler ; il retrace aussi tous les grands événements de la montée du nazisme et sa fin programmée, de la Nuit de Cristal à la Nuit des Longs Couteaux, de l’incendie du Reichstag à la mort d’Hindenburg, de la prise de pouvoir d’Hitler à sa chute, et bien sûr il évoque Dachau, camp de concentration libéré en 1945 par les américains.

Tout ceci aurait pu faire un roman passionnant et instructif, pourtant le pari n’est pas réussi, sauf peut-être pour des lecteurs ignorants de la chose.

Le propos de l’auteur était d’essayer de comprendre comment Hitler, simple caporal dans la Deutsches Heer, est devenu chancelier sans que l’intelligentsia allemande, juive ou pas, se révolte contre cette montée inéluctable du nazisme et comment le peuple défait s’est rallié à ce populiste qui a fait de l’antisémitisme un ciment populaire. Le livre refermé, Franz-Olivier Giesbert ne nous a pas aidés dans l’exégèse de ce drame, il nous laisse nous débrouiller avec notre incompréhension et notre colère rétroactives.

Il n’arrive pas à emporter le lecteur, hésitant entre le roman et le reportage, ne trouvant jamais la bonne alchimie qui lui permette de se sentir en empathie avec les principaux personnages, surtout ceux qui vont se déliter au fil des pages. De plus, l’ambivalence du principal personnage, Karl Gottsahl, qui traduit bien l’incrédulité et la naïveté d’une classe supérieure qui navigue entre ses intérêts et sa conscience, tend à exonérer une partie de l’Allemagne, de même que la famille juive qui alterne conscience et confiance.

Franz-Olivier Giesbert aime la cuisine allemande, mais il nous en donne les détails avec une insistance déplacée, hors de propos. A la fin il cite des auteurs qui font référence sur la Shoah, tels que Primo Levi, Elie Wiesel et d’autres en précisant que son propos ne s’ajoutait pas aux leurs puisqu’il évite, en partie, la vie dans les camps ; il aurait dû évoquer aussi Sebastian Haffner, auteur d’Histoire d’un allemand, ouvrage magnifique sur la montée du nazisme.

Est-ce que ces références ne sont pas un artifice pour le dédouaner d’une œuvre qu’il n’assume pas tout à fait ?

Enfin le titre, « imbécile » en Yiddish, met mal à l’aise. Il réduit ce triste sire à un imposteur, à un ringard, or ce monstre a bien plus d’intelligence et de sournoiserie qu’un simple d’esprit qui n’aurait pu réaliser le dixième de ce qu’a produit le nazisme ; et encore aujourd’hui le national-socialisme continuer d’irriguer dans le cerveau de nostalgiques du Troisième Reich.

Le schmock, de Franz-Olivier Giesbert, aux éditions Gallimard. 416 pages. 21,50€.

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