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Entre horreur et tradition : « The vigil », le premier long-métrage de Keith Thomas

Depuis quarante ans maintenant, différentes vagues de réalisateurs internationaux ont porté à l’écran nombre de sujets traitant du judaïsme ou de ses différentes communautés. Des courts ou longs-métrages qui figurent bien souvent en bonne place dans les festivals internationaux, de New York à Hong Kong, de Paris à Los Angeles, de Londres à Varsovie…

Conflit israélo-palestinien, terrorisme, armée, précarité, communautarisme, antisémitisme, prostitution, Shoah, faits divers… Tous les thèmes qui font de la, ou plutôt « des » communautés juives ce qu’elle sont aujourd’hui ont été portés à l’écran, ou presque. Et très souvent avec brio. Il en reste cependant un qui n’a jamais fait l’objet d’aucune production à proprement parlé : l’horreur.

Alors certes, les termes « horreur » et « épouvante » revêtent très souvent des connotations « rétro » liées aux années 80s et 90s, décennies durant lequel ce style cinématographique à part entière connut sans doute ses heures de gloire – malgré un nombre incalculable de films de séries B, il faut bien le reconnaître. Mais jamais encore un réalisateur ne s’était aventuré à porter à l’écran un film d’horreur dont l’action se déroule au coeur d’une communauté juive, a fortiori hassidique.

Cette lacune est désormais comblée avec The Vigil, de Keith Thomas, en salle à partir de ce mercredi 29 juillet. Un rendez-vous attendu.

De nos jours, quartier de Borough Park à Brooklyn, New York. Survivant du camp de Buchenwald, Monsieur Litvak vient de décéder. Comme il est de coutume dans le judaïsme, jusqu’à son inhumation, le corps doit être veillé par un shomer (gardien), dont les prières vont permettre l’élévation et la protection de l’âme du défunt. Traditionnellement confié à un membre de la famille, il est cependant autorisé de faire appel à une personne extérieure, que l’on embauche pour quelques heures… 

Yaakov Ronen, ancien membre de la communauté hassidique qu’il a quitté il y a peu, fait partie d’un groupe de parole. Fauché et un peu paumé, il accepte, contre 400 dollars, l’offre de Shulem : être le shomer de Monsieur Litvak pour la nuit. Si Ronen trouve son intérêt dans la contrepartie financière proposée, Shulem, lui, pense que cette action pourrait rapprocher le jeune homme de son ancienne communauté, et l’y faire potentiellement revenir. 

Mais sitôt entré dans la maison du défunt, des bruits étranges ne vont pas tarder à se faire entendre. Une atmosphère pesante que n’améliore guère la présence sinistre de Madame Litvak, qui ne voit pas d’un bon oeil la présence de Ronen.

Ensemble, la veuve et le shomer vont passer la nuit plus longue de leur existence…

Avec The Vigil, le réalisateur américain Keith Thomas signe son premier long-métrage, deux ans après Arkane, un film court réalisé en 2017. Après une maîtrise d’éducation religieuse à la faculté rabbinique de New York, la Hebrew Union College, Keith Thomas soutient sa thèse dont le sujet est… les monstres et les démons de la Torah.

Alors dire aujourd’hui que le jeune homme a toujours voulu faire un film d’horreur ne semble peut-être pas nécessaire… Et c’est précisément parce que ce sujet n’avait jamais été traité au cinéma dans le judaïsme, tout comme le rôle du shomer d’ailleurs, que lui est venue l’idée de The Vigil

S’il certaines scènes renvoient à des événements personnels, comme l’agression antisémite du film, The Vigil, s’inspire à la fois de L’échelle de Jacob, le film d’Adrian Lyne sorti en 1990, de Possession, du réalisateur polonais Andrzej Zulawski, et bien entendu de L’exorciste, son film-culte, dont les références sont les plus évidentes. Il fallait en revanche que son démon soit tiré de la culture juive. Il a alors fait des recherches, rencontré un rabbin spécialiste en démonologie juive, principalement dans la tradition européenne, et a découvert le Mazik, un démon censé habiter les endroits abandonnés. Keith Thomas avait trouvé « son monstre ». 

Pour des raisons d’authenticité – mais aussi de de budget -, The Vigil a été tourné en décors naturels, dans le quartier de Borough Park, à Brooklyn. Un quartier dont plus de la moitié des habitants sont des juifs orthodoxes. Le tournage, on l’imagine aisément, n’a pas manqué d’attirer la curiosité de la communauté locale.

« Une nuit, il devait être 2h00 du matin, cent cinquante hassidiques ont entouré le tournage pour savoir ce que l’on faisait. Je n’étais pas inquiet mais bon, ça faisait quand même beaucoup de monde. Parmi eux, il y avait des rabbins qui leur ont parlé pour leur expliquer ce qu’était le film, ce qu’on faisait, leur dire qu’on ne se moquait pas de la communauté. Et il n’y a pas eu de soucis. Ils ont juste regardé. Ils étaient juste curieux. Mais personne n’a dit qu’il irait voir le film. Ils étaient curieux de la façon dont on faisait le film, pas du film lui-même. »

Keith Thomas.

Côté casting, pour porter le rôle principal, Keith Thomas cherchait absolument un acteur parlant le yiddish, et venant idéalement de la communauté hassidique. Il fallait donc quelqu’un qui comprenne les prières, qui connaisse l’univers dans lequel était censé évoluer le personnage de Ronen Yakov. Il a donc auditionné un grand nombre de comédiens, anciens membres de la communauté et dont certains figurent d’ailleurs dans le film, mais son choix s’arrêtera sur l’acteur Dave Davies. 

Découvert sur Netflix dans le film indépendant Bomb City, un rôle couronné par un Prix spécial du Jury au festival du film de Nashville en 2017, le jeune homme va passer dix jours dans la communauté de Brooklyn afin de s’imprégner du personnage, apprendre tous les dialogues en yiddish, toutes les prières, se plongeant dans le projet à 100%. Il reconnaîtra même que son « judaïsme a été réveillé ». Un rôle fort et peu aisé, mais porté avec une très grande maîtrise.

L’équipe du film The vigil lors du Festival International du Film de Toronto en 2019. De gauche à droite : Menashe Lustig, Dave Davis, Keith Thomas et Malky Goldman. (©Getty Images Amérique du Nord)

On notera également dans la distribution la présence remarquée de Menashe Lustig, hassidique et fervent disciple du Grand Rabbin Twersky, qui campe ici le rôle de Shulem. En 2017, Menashe Lustig était déjà à l’affiche d’un film, alors réalisé par Joshua Weinstein : Brooklyn Yiddish.  

Enfin, l’inquiétant personnage de Madame Litvak est incarné par l’actrice Lynn Cohen, qui a notamment tourné sous la direction de Woody Allen en 1993 dans Meurtre mystérieux à Manhattan, ou encore incarné le rôle de Golda Meir dans l’excellent Munich de Steven Spielberg, en 2005. 

The Vigil, de Keith Thomas. Sortie en salle le 29 juillet 2020.

Si vous désirez aller plus loin :

Le Golem, d’Isaac Bashevis Singer, aux éditions École des Loisirs. 88 pages. 5,80€.
Les plus belles légendes juives, de Victor Malka, aux éditions Points. 240 pages. 7,80€.
Le judaïsme pour les nuls, de David Blatner et Ted Falcon, aux éditions First. 400 pages. 11,95€.
Golem. Avatars d’une légende d’argile, aux éditions Hazan. 184 pages. 28,00€.

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