17 January 2019
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“Le chat”, de Georges Simenon, pour la première fois sur les planches

Publié en 1967, Le chat, signé Georges Simenon, est porté quatre ans plus tard au cinéma par Pierre Granier-Deferre, avec dans les rôles principaux deux monstres sacrés du cinéma français : Jean Gabin et Simone Signoret.

le-chat-georges-simenon-myriam-boyer-jean-benguiguiRien d’étonnant donc que dans la salle, avant même le lever de rideau, des spectateurs impatients se souviennent du film, et échangent sur l’évidente ressemblance de Simone Signoret et de Myriam Boyer, qui incarne quarante-cinq ans plus tard le rôle-titre sur les planches du théâtre de l’Atelier.

Veuve depuis plusieurs années, Marguerite vit dans un pavillon de la banlieue parisienne avec Coco, un perroquet qui constitue sa seule compagnie. Petite-fille d’un riche industriel, veuve de Frédéric, l’époux défunt qui a dilapidé la fortune familiale, elle assiste depuis ses fenêtres, impuissante, à la destruction d’un quartier jadis édifié par son grand-père. Donné en pâture à un promoteur immobilier, l’usine, les anciennes maisons des ouvriers et la demeure de son enfance disparaissent une à une.

Mais son quotidien, fait de souvenirs et de solitude, semble s’éclairer d’un nouveau jour lorsqu’elle fait la connaissance d’Emile, un voisin à qui elle confie de menus travaux de bricolage.

Marguerite, lasse d’être seule, se met alors à observer le pavillon voisin, devient séductrice, provoque de nouvelles rencontres.

Lui est sur le point d’être expulsé, n’a personne dans sa vie mis à part Joseph, son chat de gouttière, et n’a nulle part où aller ; elle a besoin d’un homme qui pourrait lui tenir compagnie et lui rendre service. Alors pourquoi pas…

Mais qu’attendre d’un mariage entre deux personnes dont l’éducation est diamétralement opposée, et dont les habitudes ne sont plus compatibles avec une vie de couple ? Elle était habituée aux soirées au théâtre, apprécie la musique classique, se comporte avec élégance et refuse tout changement dans son quotidien, alors que lui n’est qu’un simple et modeste ouvrier aux mains abîmées par le travail, fataliste, et qui préfère les guinguettes et le vin rouge.

Il ne que faut que quelques années à une telle union pour imploser, et se déchirer jusqu’à l’extrême.

Grâce à une subtile mise en scène soutenue par d’habiles jeux de lumières, Didier Long parvient à transporter sous forme de flash-back les spectateurs dans trois espace-temps bien distincts, se rapprochant ainsi de l’oeuvre originale : celui de la rencontre et de la séduction tout d’abord, à une époque où, dehors, la rue était encore jalonnées de ces jolies maisons colorées ; celui ensuite des premières démolitions, avec une lumière moins forte et un décor extérieur qui laisse apparaître grues et façades murées ; celui enfin très sombre d’un champs de ruines et de gravats, à l’image de ce qu’est devenue le quotidien de Marguerite et d’Emile.

Quant aux prestations de Myriam Boyer et de Jean Benguigui, ils relèvent ici chacun un double-défi : celui de porter cette œuvre emblématique pour la toute première fois sur scène en reprenant des rôles jadis portés par deux légendes du cinéma, et surtout de parvenir à tenir en haleine des spectateurs durant les longues minutes de silence durant lesquelles le couple ne communique plus que par mots interposés. Une jolie prouesse.

Dans un courrier de mai 1971 à l‘écrivain et journaliste Robert Courtine, Georges Simenon confiait : “Je n’ai pas vu ‘Le chat’, je ne le verrai pas plus que les autres films tirés de mes livres, ce qui m’évite un ulcère d’estomac.”

S’il avait eu l’occasion de voir cette adaptation, pas sûr qu’il ait tenu les mêmes propos.

Le chat, avec Myriam Boyer et Jean Benguigui, actuellement au théâtre de l’Atelier. Infos et réservations sur le site du théâtre de l’Atelier.

Si vous désirez aller plus loin :

Le Chat, de Georges Simenon, aux éditions Livre de Poche. 192 pages. 5,60€.
Le Chat, l’avant-scène, aux éditions de l’Avant-scène. 14,00€.
Le Chat, de Pierre Granier-Deferre, avec Simone Signoret et Jean Gabin. DVD. 90 minutes. 13,00€.

1 commentaire sur “Le chat”, de Georges Simenon, pour la première fois sur les planches

  1. Complètement différent du film interprété par Signoret et Gabin. L’histoire se passe avant celle du film . Très bien joué par les 2 comédiens ; bon moment de théâtre !

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