« My old lady », le film d’Israël Horowitz avec Maggie Smith et Kristin Scott Thomas

Matthias Gold vient de New-York et débarque à Paris dans l’intention de vendre la maison que son père lui a léguée, et de partir au plus vite, loin, très loin, le plus loin possible. A New-York, il n’a laissé que des dettes, pas mal de bouteilles d’alcool vides et des remords, et de Paris il n’aime rien.

Matthias n’aime pas cette ville parce que, dans le souvenir de ce que disait sa mère, Paris lui a volé son père. Mais il n’aime pas non plus ce qu’il est, ce qu’il vit, ni même son prénom, trop français à son goût, et qu’il troque volontiers contre celui de Jim. S’il le pouvait, certainement, il changerait aussi de nom : il a beau s’appeler Gold, le moins que l’on puisse dire c’est que ça ne lui correspond guère, lui qui, précisément, est bien loin de rouler sur l’or. Après trois divorces successifs, autant de romans qui n’ont pas réussi à trouver un éditeur, et des errances diverses, il ne possède plus rien que son bon cœur et son humour grinçant.

Et voilà que cette fameuse maison parisienne, en plein cœur du marais, cet héritage paternel, est occupée par une vieille anglaise excentrique qui, autrefois, avait vendu son bien en viager : l’américain découvre, tout de go, la pratique, les usages, la réalité. Débarque ensuite la fille de la vieille dame, qui vit également dans la maison, et ne porte pas du tout le visiteur dans son cœur.

Les ingrédients sont ceux d’une comédie de mœurs, une sauce un peu légère où l’on va multiplier les clichés et faire rire le spectateur, mais la vie n’est pas drôle. Ça se saurait, depuis le temps !

Alors Israël Horowitz, avec tout le talent et la délicatesse qu’on lui connaît, en particulier au théâtre, a construit un beau film sensible qui constitue une sorte de chronique douce-amère des désillusions de l’existence, de la mort qui, au-dedans de nous, ronge son frein, et de nos vies qui ne sont, tout au plus, que des viagers. Le scénario est malin, il nous mène de surprise en surprise, et le ton passe de la légèreté à la profondeur, parfois même aux limites du mélo, sans mauvais goût ni lourdeurs.

On découvre une galerie de personnages suaves et magnifiquement interprétés, entre autres par Dominique Pinon, Stéphane de Groot et Stéphane Freiss, tout autant que des plans d’un Paris entre deux saisons, éblouissant de mélancolies et d’ors.

Il est question, tout au long du film, des conflits entre morale et sentiments, des différences de perception, selon les coutumes et les éducations, mais aussi et surtout, de l’immense difficulté qui consiste à consoler l’enfant qui demeure au fond de chacun de nous. L’un des magnifiques monologues dits par Kevin Kline dévoile le terrible secret de la disparition de l’amour propre : comment ruiner définitivement la santé mentale d’un adulte en détruisant, dès l’enfance, toute la confiance qu’il pourrait avoir en lui-même.

Sur une vieille photo retrouvée, et également à l’emplacement des cendres du père défunt, cette citation de Samuel Beckett : « Si tu ne m’aimes pas, je ne serai jamais aimé », qui, à elle seule, résume la tonalité mélancolique d’une belle œuvre. A-t-on le droit d’aimer et d’être aimé, en dépit des conventions sociales, et en dépit de l’impact que cela peut avoir sur les enfants, la famille, les autres ?

A cette terrible interrogation tente de donner une réponse le film émouvant d’Israël Horowitz qui, néanmoins, s’achève, pied de nez ultime, sur une scène heureuse.

Ajoutons à ce bonheur, la présence délicieuse, dans le rôle de la vieille Mathilde, de Maggie Smith qui fit plus que nous réjouir, jadis, lorsqu’elle enseignait la magie à Harry Potter.

My old Lady, d’Israël Horovitz, actuellement sur Netflix.

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