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« Votre maman » : un mère, un fils, deux générations entre rire et larmes…

« Votre maman », c’est la première réplique de la pièce, réplique adressée par le directeur de l’EPHAD à Jean, venu rendre visite à sa mère.

La scène est barrée par une double rangée de rideaux, dont l’une maintiendra jusqu’au bout son opacité tandis que l’autre sera par moments tirée. Comme si nous pouvions recevoir ce moment d’existence, les derniers moments d’une vieille dame dans un hospice de vieillards, qu’à travers les brumes diffuses de la mémoire, « des » mémoires, des peurs, des doutes, des souvenirs…

En venant rendre visite à sa « maman », Jean sait qu’il doit affronter cette période cruelle et terrifiante des ainés qui se mettent à errer dans leur enfance évanouie et qui, de fait, redeviennent enfants. Des ainés qui ne domestiquent plus leur corps, au point de se livrer à des caprices ridicules comme celui de voler la chaise roulante d’un autre.

Jean est le client, il est « celui qui paye » – la cynique matérialité du fait sera rappelée à plusieurs reprises ; le directeur est celui qui doit maintenir l’ordre, le calme, la propreté dans son établissement ; entre les deux, la mère, ballotée entre deux pouvoirs et à qui l’on voudrait inculquer le respect des règles à tout prix, y compris par la manière forte.

Qu’y a-t-il au final de plus indécent, souligne l’auteur, que de vouloir discipliner des êtres qui sont en fin de vie et sur le point de ne plus même avoir la discipline de leur propre esprit ?

Telle est la cruauté quasiment kafkaïenne de cet univers sordide : l’EPAHD.

Comme souvent chez Grumberg, le rire n’est que le masque des larmes, et la comédie la tenue de gala du drame. On rit, bien sûr, de cette vieille dame indigne qui n’oublie que ce qu’elle a envie d’oublier, de ce fils pataud qui conserve en lui une vraie tendresse pour sa mère, de ce directeur capable de bien plus de folies que tous ses patients internés. Mais le rire n’est qu’une facette de la vie : toute disparition, même au fond du jardin, porte en elle l’ombre de la mort, et celui qui sort court toujours le risque de ne plus jamais rentrer.

Le recours à l’autorité n’a rien de rassurant : on appelle les gendarmes et leurs chiens mais, pour certains anciens, les bottes et les aboiements évoquent un sinistre passé qu’on ne saurait effacer.

Comme souvent, chez Grumberg, le langage est piégé, et les mots sont autant de chausse-trappes dans lesquels nous pouvons tous tomber.

Votre maman est la première réplique de la pièce, mais ce possessif renvoie chaque spectateur à son propre rapport intime avec celle qui lui donna le jour.

Votre maman, la source infinie de toutes les tendresses et, un jour venu, de toutes les frustrations.

Votre maman, actuellement au Studio Hébertot.

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