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« Wardi » : une histoire de générations sur fond d’exode…

Beyrouth, Liban, aujourd’hui. Wardi, fillette de onze ans, vit avec sa famille et son grand-père Sidi dans le camp de réfugiés de Burj el Barajneh. Âgé et malade, Sidi est fatigué et ne veut plus se soigner. Il a trop vécu. Aussi décide-t-il de raconter à sa petite-fille l’histoire qui est la sienne. La leur.

Mai 1948. Suite au plan de partage de l’ONU qui établit un état juif et un état arabe en Palestine Mandataire, l’indépendance de l’Etat d’Israël est déclarée. Les jours et les semaines qui vont suivre vont voir s’affronter les deux peuples, et conduire les palestiniens à un exode sans précédent vers les pays voisins, Jordanie, Egypte et Liban en tête.

Le lopin de terre où Sidi cultivait des arbres et des plantes en Galilée passe sous contrôle israélien, et la famille doit fuir vers le Nord. Certain de revenir peu de temps après, Sidi ferme la porte de sa maison à clé, qu’il emporte précautionneusement avec lui.  

Un mois plus tard, avec des milliers d’autres réfugiés, il arrive à Beyrouth. Le camp qu’ils construisent se compose dans un premier temps de tentes, puis de baraques de tôles, puis finalement de maisons… La situation qui devait ne durer que quelques semaines durera des décennies, mais Sidi ne perdra jamais l’espoir de retrouver sa maison et ses terres.

Dans ce camp, comme dans des centaines d’autres, va naître la colère d’un peuple. Et de génération en génération, celle-ci sera transmise et accentuée, attisant de fait un complexe sentiment anti-israélien.

Pour réaliser Wardi, le réalisateur suédois Mats Grorud s’est inspiré de son expérience personnelle et de celle de sa mère, infirmière au Liban lors de la guerre avec Israël en 1982. Lorsqu’il visite les camps de réfugiés, l’idée lui vient de travailler sur un reportage en court format, mais dans la mesure où il voulait brosser la vie de plusieurs générations, enfants, parents, grands-parents, ce projet se transformera finalement en long-métrage une dizaine d’années plus tard.

Tous les protagonistes sont inspirés d’amis et de leur famille, à l’image de Wardi elle-même, qui trouve son origine chez Hanan Bairajki, amie du réalisateur.

« Les personnages sont tous inspirés de mes amis et de leur famille. J’ai relié des commentaires entendus dans le camp à des informations tirées des entretiens que nous avons menés. Je souhaitais créer un lien entre la nouvelle et l’ancienne génération, à travers trois personnages principaux : Wardi, son arrière-grand-père Sidi et le mystérieux Pigeon Boy. Parmi les personnes expulsées de Palestine en 1948, de moins en moins sont encore en vie, il ne fallait plus tarder. Au départ, nous voulions réaliser un court-métrage, mais au fur et à mesure que le scénario avançait, je souhaitais inclure plus de scènes et de dialogues et mieux montrer la situation des Palestiniens qui vivent dans les camps. Il nous est apparu à mon producteur et moi qu’un long-métrage serait plus approprié ». Mats Grorud.

Si on estime à environ 700.000 le nombre de palestiniens qui se sont enfuis en 1948, dont près de la moitié vivrait aujourd’hui au Liban, et si l’on ne peut en effet que déplorer les conditions dans lesquelles ils sont contraint de vivre, il aurait été bon toutefois de la part du réalisateur de ne pas omettre de préciser que seul un faible nombre de palestiniens ont été chassés de leur terre, mais que la grande majorité a décidé de fuir d’elle-même devant l’avancée de l’armée israélienne. Tout comme quelques précisions historiques auraient été les bienvenues, rappelant par exemple que quelques heures seulement après la déclaration d’Indépendance d’Israël, une coalition de pays arabes a déclaré la guerre au tout jeune état, promettant de le détruire et de “jeter les Juifs à la mer”. Dans de telles conditions, et quelle que soit la nation concernée, le droit à la défense s’applique. Indiscutablement.

Toutefois, Wardi n’est pas partial. Il reflète une opinion, un point de vue, celui de « l’autre côté », mais en prenant soin de toujours rester prudent, et à aucun moment amer ou accusateur.

D’autres penseront inévitablement le contraire…

Dans les camps dans lesquels ils vivent avec un statut de réfugié qui ne leur laisse aucune liberté, les palestiniens sont sans identité, ne peuvent posséder aucun bien, sont exclus du marché du travail, et si, à l’image de Sidi, la plupart d’entre eux sont encore en possession de leur titre de propriété et des clés de leur maison, il leur est interdit de quitter le territoire libanais, alors même que l’ONU les y autorise.  

A l’image de Burj el Barajneh, qui abrite quelques 21.000 enfants, soit environ 43% de sa population, les camp de réfugiés, faute de pouvoir s’étendre, sont contraints de se développer en hauteur, comme le montre Wardi, dont le titre original est justement The tower (« La tour »). Des constructions qui s’élèvent à mesure que le nombre d’habitants augmente.

Symboliquement, Wardi va décider de gravir cette « tour », à la conquête de son histoire et de celle de sa famille.

Sélectionné dans de très nombreux festivals, de Rome à Paris, et récompensé au Festival International du Film pour enfants de Chicago en 2018, Wardi sortira en salle le mercredi 27 février, et sera projeté en avant-première à Paris au cinéma Le Louxor, en présence du réalisateur, ce dimanche 17 février à 11h00.

Original et touchant.

Wardi, de Mats Grorud, en salle le 27 février.

Si vous désirez aller plus loin :

– Quelle citoyenneté dans les camps de réfugiés ? : les Palestiniens au Liban, de Glenda Santana de Andrade, aux éditions L’Harmattan. 224 pages. 22,50€.
– Le quatrième mur (Prix Goncourt des Lycéens 2013, Choix des Libraires 2015), de Sorj Chalandon, aux éditions Livre de Poche. 336 pages. 7,20€.
– Histoire des guerres d’Israël : de 1948 à nos jours, de David Elkaïm, aux éditions Tallandier. 318 pages. 21,50€.
– Les secrets de la guerre du Liban : du coup d’état de Béchir Gémayel aux massacres des camps palestiniens, de Alain Ménargues, aux éditions Albin Michel 554 pages. 24,30€.

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