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« Le bal », le roman d’Irène Némirovsky, porté sur la scène du théâtre Rive Gauche

Dans le décor Art Nouveau d’un appartement cossu des quartiers chics de Paris, Rosine et Alfred Kampf sont assis dans leur salle à manger, en compagnie d’Antoinette, leur fille de 14 ans.

Plutôt mal assortis, le couple Kampf fait partie de ces « nouveaux riches » depuis qu’Alfred, ex-portier d’une banque de la capitale reconverti en trader, a accumulé de fortes sommes d’argent ayant permis à la famille d’intégrer la bourgeoisie parisienne.

Grossiers, incultes, peu distingués, colporteurs de ragots et en permanence dans la représentation, leurs manières dénotent avec ce monde distingué duquel ils ne sont pas issus.

Tyrannique avec ses domestiques tout autant qu’avec sa famille, Rosine, ancienne secrétaire aux allures de cuisinière, ne cesse de critiquer sa jeune fille, la traitant de sotte, ou même de morveuse lorsque celle-ci ose s’élever contre une décision de sa mère. C’est que Rosine n’a d’estime que pour ceux qui peuvent lui être utile, ce qui est loin d’être le cas de cette gamine mal affublée sur laquelle personne ne poserait le regard.

Un bal ! Voilà un événement très mondain qui pourrait bien ajouter encore à la splendeur de la famille Kampf, en mal de reconnaissance. Avec 200 invités, rien que ça ! Et uniquement ce qui se fait de mieux bien sûr, aristocrates ou gigolos, peu importe, pourvu qu’ils soient fortunés.

La petite Antoinette jubile : un bal organisé chez elle, avec tout ce beau monde, des robes de soirée, des strass… Certes, elle n’a que 14 ans, mais qu’importe si elle est un an trop jeune pour faire son entrée dans le monde.

Seulement voilà, Rosine ne l’entends pas de cette oreille. Non seulement Antoinette n’assistera pas au bal, mais sa chambre sera réquisitionnée pour y installer le bar. La jeune fille n’aura qu’à dormir dans la lingerie.

Déçue et humiliée, Antoinette va se venger. Si le bal devait avoir lieu sans elle, pourquoi y aurait-il un bal ? Rosine et Alfred Kampf voulait qu’on parle d’eux dans la haute société ? Eh bien ils vont être gâtés !

Signé Irène Némirovsky, publié en 1928 et adapté au cinéma par Wilhelm Thiele en 1931 – le rôle d’Antoinette était alors porté par la toute jeune Danielle Darieux –, Le bal raconte le passage compliqué d’une adolescente à l’âge adulte, et ses relations conflictuelles avec sa mère.

Avec pour père un riche banquier et pour mère une femme qui ne s’intéressa guère à elle, Irène Némirovsky, qui s’installe à Paris en 1919, dévoile une partie de sa propre vie dans ce court roman.

Adapté et mis en scène par Marie Chevalot et Virginie Lemoine, qui respectent intégralement les textes du récit original, Le bal est un chef-d’œuvre de drôlerie et de cruauté.

Les principaux comédiens – Lucie Barret, qui interprète Antoinette, mais également Brigitte Faure, délicieusement excessive dans sa quête de reconnaissance, et Serge Noël en époux dirigé par une femme envahissante – maîtrisent leurs personnages sans fausse note, tout comme Pascal Vannson, l’insolent valet, ou encore Françoise Miquelis, incarnant Isabelle, l’austère professeure de piano d’Antoinette qui va offrir au public hilare un charleston endiablé avec le maître de maison.

Une très bonne pièce – quoiqu’un un peu courte –, qui ne donne qu’une envie : se replonger dans l’œuvre d’Irène Némirovsky.

Le bal, actuellement au théâtre Rive Gauche.

Le bal, d’Irène Némirovsky, aux éditions Hachette. 125 pages. 3,60€.

Si vous désirez aller plus loin :

Suite française, d’Irène Némirovsky, aux éditions Folio. 576 pages. 9,80€.
David Golder, d’Irène Némirovsky, aux éditions Livre de Poche. 192 pages. 5,10€.
Les feux de l’automne, d’Irène Némirovsky, aux éditions Livre de Poche. 280 pages. 6,60€.

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