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« Christian Louboutin, l’exhibition[niste] » : et le soulier s’illustre au Palais de la Porte Dorée

Christian Louboutin ne crée pas des chaussures, il crée un monde, et ce monde est à découvrir dans l’étonnant Palais de la Porte Dorée, édifice tellement marqué par l’histoire coloniale de la France qu’il en paraît ridiculement charmant.

C’est dans ce quartier, le douzième, dans ce lieu, l’ancien musée des Colonies, que nait et grandit celui que le monde entier, désormais, connaît pour avoir verni de rouge le talon des premières chaussures qu’il fabriqua.

Ce qui est, de prime abord, remarquable, c’est la multiplicité des influences de Christian Louboutin, de ses influences et de ses explorations : il convoque l’univers sur et autour de ses modèles, et cet univers, il le rend, le recrée, le réordonne de toutes les façons les plus diverses. Jamais on n’aurait cru, jusqu’à cette exposition, qu’il pût y avoir autant de mystère, de poésie et d’invention dans une paire de souliers…

Christian Louboutin est, au sens le plus strict du terme, un extravagant : celui qui va, qui erre, qui voyage, ailleurs, autre part, plus loin, toujours et tout le temps plus loin. Il est celui qui plonge au fond de tout pour trouver du nouveau.

Tout l’influence : l’art, l’histoire, les magazines, la fête, la nature, l’interdit, l’impossible… Tout l’intéresse : les matériaux, les couleurs, les aspects, les volumes, les mélanges, les motifs africains, ceux d’Amérique latine, les religions, la provocation, l’érotisme… Tout ! Comme s’il avait résolu d’explorer les confins de l’univers perché en équilibre sur des talons aiguilles !

Et Christian Louboutin tente, essaye, balbutie, selon la seule logique de la création : que cela fasse sens et soit esthétique. Il cherche, sans arrêt, sans limites, quitte même peut-être à aller trop loin. Son escarpin maquereau est d’un effet discutable, certes, mais l’escarpin saumon, lui, est une réussite absolue de grâce et d’élégance.

Olivier Gabet, commissaire de l’exposition, et Christian Louboutin. ©Jose Castellar.

Car Christian Louboutin travaille sur le fil du rasoir, juste à mi-chemin entre le kitch et le sublime, avec comme seule constante, même dans le plus surchargé de ses modèles, le souci de la ligne, quelque chose d’une pureté aristocratique…

Dans la Salle des Trésors, autour d’un autel baroque démesuré à la Almodovar (il s’agit en fait d’un soulier géant en cristal de synthèse, œuvre de Stéphane Gérard), les modèles se mettent en valeur mutuellement comme autant de clins d’œil à l’audace et à la diversité. Ici comme ailleurs la scénographie est imposante mais toujours très juste et entièrement au service du travail de Louboutin.

Dans le salon des Nudes, l’artiste a exploré les possibilités d’un cuir couleur peau, et toutes les variantes mythiques et concrètes du concept : quelles sont les couleurs de la peau humaine et comment donner une véritable idée des différences fondamentales qui font, justement, l’humain ?

Dans le salon Fetish, Louboutin a créé des chaussures qui ne sont pas faites pour marcher, mais pour fantasmer, pour rêver, pour désirer, et pour l’œil avide, complice et amusé de celui qui les a photographiés : David Lynch, le maître en personne.

Et tout ceci sans jamais se départir d’une touche d’humour et d’auto-dérision qui caractérise un créateur heureux et modeste : en témoignent les noms, souvent originaux, amusants, fantasques, de ses modèles…

Christian Louboutin n’est pas un fabricant de chaussures, c’est un faiseur de miracles qui se portent aux pieds !

Chrisitian Louboutin, l’exhibition[niste], au Palais de la Porte Dorée jusqu’au 3 janvier 2021.

Si vous désirez aller plus loin :

Christian Louboutin, l’exhibition[niste], le hors-série de l’exposition, aux éditions Beaux Arts. 66 pages. 10,00€.
Luxe, cuir et volupté. Histoire de la chaussure, d’Helen Persson, aux éditions Flammarion. 176 pages. 14,90€.
La chaussure sous toutes ses coutures, aux éditions CTC. 144 pages. 24,90€.
Marche et démarche, une histoire de la chaussure, aux éditions MAD – Musée des Arts Décoratifs. 256 pages.49,00€.

Et pour la jeunesse :

Histoire de la mode, aux éditions Usborne. 111 pages. 12,95€.

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