22 August 2018
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Le Mémorial de la Shoah rend hommage au couple Klarsfeld

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Présentée à l’initiative du Mémorial de la Shoah, l’exposition Beate et Serge Klarsfeld. Les combats de la mémoire met en lumière la décennie 1968-1978, dix années parmi les plus importantes dans le combat et le militantisme du couple Klarsfeld.

De plus, cette décennie commémore un double anniversaire. Pour Serge, 1978 est marqué par la publication du Mémorial de la déportation des Juifs de France, un travail de longue haleine dressant la liste des victimes de la Shoah en France. Et si, pour Beate, 1968 est l’année où elle est est nominée au prix Nobel de la Paix, ce sera surtout pour la gifle historique qu’elle donne au chancelier ouest allemand qu’elle entre dans l’Histoire, et devient un symbole. Pour alerter l’opinion publique sur l’élection à la chancellerie d’un ancien haut fonctionnaire nazi, ex directeur-adjoint de la propagande du IIIème Reich, Beate répond au scandale par un autre scandale et gifle en novembre 1968, en plein congrès de la CDU, le chancelier Kurt Kiesinger.

Les années 60 et 70 sont en effet marquées par un intérêt croissant vis-à-vis de la Seconde guerre mondiale, avec par exemple l’inauguration du mémorial d’Auschwitz-Birkenau ou la diffusion de la série Holocauste, mais aussi des crimes de guerre perpétrés par les nazis. Un intérêt que ne font qu’accroître les affaires et procès de criminels de guerre comme Adolf Eichmann, enlevé en Argentine en 1960 et jugé à Jérusalem un an plus tard, Josef Mengele, médecin du camp d’Auschwitz, Klaus Barbie, chef de la Gestapo de Lyon à l’origine de la rafle des 44 enfants d’Izieu, Martin Bormann, proche conseiller d’Hitler, et surtout le procès de Cologne, premier procès de l’histoire où Kurt Lischka, Herbert Hagen et Ernst Heinrichsohn, d’anciens SS accusés de la déportation et de l’assassinat de 40 000 Juifs français, sont jugés par un tribunal allemand.

Gifler un chancelier mal repenti, créer un esclandre au Parlement, s’enchaîner dans les rues pour témoigner devant les indifférents et attester l’identité de l’antisionisme et de l’antisémitisme – ce sont là assurément des actes “scandaleux”. Mais ces actes scandaleux, dérangeant la bonne conscience des passants mettent en lumière un autre scandale, un scandale infiniment plus grave caché au fond de l’ordre légal, et qui est le scandale du crime impuni dans la prospérité triomphante. Vladimir Jankélévitch.

Cette période marque un tournant important dans l’évolution de la Mémoire de la Shoah en Europe et dans le monde, et l’action du couple Klarsfeld en faveur de cette reconnaissance internationale est essentielle : création de l’association des Fils et filles de déportés juifs de France, pose de plaques commémoratives, création de lieux de Mémoire, cycles de conférences, expositions…

Si la période 1968-1978 est au cœur de l’exposition, Beate et Serge Klarsfeld. Les combats de la mémoire revient également de manière chronologique sur la vie et le destin de ce couple hors du commun, mêlant vie privée et vie publique depuis leur naissance à Bucarest et à Berlin jusqu’à leur rencontre à Paris, sur le quai de la station de métro Porte de Saint-Cloud, leur mariage quelques mois plus tard, et bien sûr la naissance de leur fils Arno, un événement qui va déclencher un retour sur l’histoire familiale de Serge et la mort de son père à Auschwitz…

Riche de très nombreux documents, l’exposition présente passeport, carte d’identité, billets d’avion, carte de presse israélienne, lettre de Willy Brandt à Beate, agenda, décorations et vêtements, mais aussi un film d’entretiens inédits avec le couple, ou encore les chaînes avec lesquelles Beate et Ita Rosa Halaunbrenner se sont ligotées sur un banc de La Paz, en Bolivie, afin d’alerter l’opinion sur la liberté de Klaus Barbie.

Fort de son succès, Beate et Serge Klarsfeld. Les combats de la mémoire, initialement programmée jusque fin avril, est prolongée jusqu’au 9 septembre 2018. Informations sur le site du Mémorial de la Shoah.

Si vous désirez aller plus loin :

Le combat d’une vie : 25 ans à traquer les nazis, de Serge Klarsfeld, aux éditions Librio. 80 pages. 3,00€.
Mémoires, de Serge et Beate Klarsfeld, aux éditions Livre de Poche. 1.032 pages. 9,90€.
La traque des criminels nazis, de Serge Klarsfeld, aux éditions Tallandier. 416 pages. 10,50€.
Klaus Barbie, nom de code Adler : la première biographie du bourreau de Lyon, de Peter Hammerschmidt, aux éditions Les arènes. 300 pages. 24,90€.

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