20 November 2019
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« J’accuse » : l’affaire Dreyfus, sujet du nouveau film de Roman Polanski…

Fin 1894, le capitaine Alfred Dreyfus, officier de l’armée française, est condamné pour haute-trahison, et accusé d’espionnage au profit de l’Allemagne. Un fait divers qui deviendra rapidement une « affaire », et qui va secouer la France et l’Europe de la fin du 19ème siècle.  

Pendant douze années, les deux procès de l’affaire Dreyfus, qui se sont tenus à Paris en 1894 et à Rennes en 1899, vont provoquer une succession de crises sociales et politiques sans précédent dans la toute jeune Troisième République. 

Deux ans après la condamnation d’Alfred Dreyfus, Georges Picquart, son ancien professeur, nommé lieutenant-colonel et chef du contre-espionnage, va découvrir que le véritable coupable de cette trahison n’est pas Dreyfus, mais un certain Ferdinand Esterhazy. Il mettra également la main sur le « dossier secret » de l’affaire Dreyfus, composé uniquement de cinq documents, dont certains falsifiés ou créés de toute pièce.

Désormais en possession de preuves susceptibles d’innocenter le capitaine Dreyfus et de révéler l’erreur judiciaire commise par la toute puissante et intouchable armée française, Georges Picquart est envoyé en mission dans l’Est, puis dans le Sud, puis enfin Afrique du Nord… 

Et J’accuse, le nouveau film du réalisateur Roman Polanski, traite de l’affaire Dreyfus précisément du point de vue du colonel Picquart, un homme qui, malgré son antisémitisme, n’aura de cesse que d’identifier les véritables coupables, et de réhabiliter le capitaine Dreyfus.

Dans sa quête de vérité, Picquart connaîtra lui-même un sort identique au capitaine Dreyfus : sa vie privée sera jetée en pâture, et il sera emprionné, accusé d’être passé à l’ennemi. Quant à Emile Zola, qui publie dans le journal L’Aurore son retentissant J’accuse en janvier 1898, « lettre ouverte » adressé au Président de la République Félix Faure, lui aussi paiera cher son engagement : il sera condamné à un an de prison, 3.000 francs d’amende, s’exilera à Londres et mourra « intoxiqué » dans d’étranges circonstances en septembre 1902…

L’affaire Dreyfus va durer douze ans, avant que le capitaine Dreyfus ne soit réhabilité en 1906 et élevé au grade de commandant. Il se battra pour la France au cours de la Première Guerre Mondiale. Sa petite-fille, Madeleine Lévy, sera quant à elle déportée et mourra à Auschwitz en janvier 1944.

« Les grands sujets font souvent des grands films, et l’affaire Dreyfus est un sujet exceptionnel. L’histoire d’un homme injustement accusé est toujours passionnante. Mais celle-ci est aussi terriblement actuelle, vu la recrudescence de l’antisémitisme. »

Roman Polanski.

Pour réaliser ce nouveau long-métrage, un projet important pour lui et sur lequel il travaille depuis sept ans, le réalisateur du Pianiste a choisi de collaborer avec le très prolifique auteur Robert Harris en s’appuyant sur son livre D. L’affaire Dreyfus revisitée (« An officer and a spy »). Un ouvrage richement documenté et basé sur des recherches historiques très approfondies.

J’accuse brosse dix années de combat de Georges picquart en faveur d’Alfred Dreyfus dans une France bourgeoise et profondément antisémite. Un Georges Picquart très convaincant campé par l’un des acteurs français les plus emblématiques, oscarisé à Hollywood pour The artist : Jean Dujardin.

« Jean Dujardin nous semblait parfait pour le rôle de Picquart. Il lui ressemble, il a le même âge, et c’est un grand acteur. Pour un film de cette importance, il faut une star, et Jean Dujardin en est une, ce n’est pas par hasard s’il a eu un Oscar ! C’était donc une évidence ; il restait à voir si le projet l’intéressait. En fait, il s’est montré enthousiaste. »

Roman Polanski.

Il aura fallu sept années à Roman Polanski pour mener à bien ce projet qui, on l’imagine aisément, lui tenait autant à coeur que le magnifique Pianiste, sorti en 2002 et couronné de la Palme d’Or à Cannes, de sept César et de trois Oscar…

Réalisé en deux mois et demi – un tournage plutôt long pour un film français -, J’accuse a été filmé en France et presque uniquement en décors naturels, dans des lieux emblématiques de l’affaire Dreyfus qui existent encore aujourd’hui : musée du Louvre, hôtels particuliers d’époque, ambassades, jardins des Tuileries, l’Ecole militaire, dans la cour de laquelle débute le film sur la fameuse dégradation du capitaine, ou encore la salle de la Cour d’appel du Palais de Justice, sur l’île de la Cité. Une salle où s’est tenue en 1945 le procès du maréchal Pétain.

Tous les événements qui y sont relatés ainsi que la majeure partie des dialogues sont authentiques, et puisés dans les minutes du procès.

Un thriller moderne et historique sur fond d’espionnage, pesant et étouffant au fil que l’on avance dans l’histoire, et qui nous remémore une page sombre de l’histoire de France et de l’Europe.

C’était il y a à peine un siècle…

J’accuse, en salle le 13 novembre 2019.

Si vous désirez aller plus loin :

J’accuse… ! La vérité en marche, d’Emile Zola, aux éditions Archipoche. 256 pages. 8,00€.
L’Affaire Dreyfus, de Pierre Micquel, aux éditions PUF. 124 pages. 9,00€.
L’affaire Dreyfus, vérités et légendes, d’Alain Pagès, aux éditions Perrin. 288 pages. 13,00€.
Le faux ami du capitaine Dreyfus : Picquart, l’Affaire et ses mythes, de Philippe Oriol, aux éditions Grasset. 248 pages. 19,00€.
Assassins !, de Jean-Paul Delfino, aux éditions Héloïse d’Ormesson. 240 pages. 18,00€.
L’histoire de l’Affaire Dreyfus, de 1894 à nos jours, de Philippe Oriol, aux éditions Belles Lettres. 1.504 pages. 95,00€.

Et pour la jeunesse :

Il était un capitaine, de Bertrand Solet, aux éditions Livre de Poche Jeunesse. 256 pages. 5,90€.
L’affaire Zola, de Jean-Charles Chapuzet et Christophe Girard, aux éditions Glénat. 128 pages. 22,00€.

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