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« Mémoires d’Exil » : cinquante membres de la Wizo racontent leur déchirure…

« Celui qui n’a jamais quitté son pays et les siens ne saura jamais à quel point il leur est attaché. »

Albert Memmi.

Cela, une cinquantaine de femmes wizéennes l’ont bien compris quand elles ont décidé, sur l’impulsion de la Présidente Nationale de Wizo- France Diana-Paola Levy, de proposer un recueil de récits et de témoignages sur leur vécu et ceux de leurs proches dans les pays où ils sont nés et qu’ils ont quittés, notamment l’Algérie, le Maroc, la Tunisie et l’Egypte.

Ils ont emporté, outre leurs valises, des bribes de souvenirs heureux ou malheureux selon les époques, leurs situations sociales et familiales, mais toujours marqués d’une grande nostalgie  qu’elles restituent dans cet ouvrage collectif passionnant et émouvant : Mémoires d’exil. Cet ouvrage, édité par Wizo France, comprend une cinquantaine de témoignages et de photos, préfacé par Aldo Naouri et présenté par le journaliste Stéphane Amar.

Petit rappel étymologique : le terme « exil » est l’état social, psychologique et politique d’une personne qui a quitté son pays natal, volontairement ou sous la contrainte. Nous verrons au cours des pages que ce sont souvent les deux sentiments qui se superposent, entre peur et nostalgie, colère  et attendrissement, sécurité et insécurité, mémoire et oubli, exil et adaptation au pays d’accueil.

Ces témoignages ont valeur de transmission envers les jeunes générations qui ont eu parfois du mal à s’imaginer le vécu de leurs parents ou de leurs grands-parents pendant leurs heures sombres. Elle éclaire également le présent et le futur.

On retrouve dans ces récits intimes quelques constances communes malgré le caractère unique et particulier de chaque histoire familiale.

Qu’elles s’appellent Annie, Gilberte, Alice, Martine, Colette, Yvonne, Renée, Madeleine, Joëlle, Roselyne… venant d’Algérie ; Josyane, Fernande ou Mireille d’Egypte ; Sonia, Renée, Marie ou Edith du Maroc ; Hélyette, Patricia, Inès, Michele, Nicole, Josette, Marlène, Brigitte ou Nadine de Tunisie…, on note presque toujours les douleurs de l’exil pour la plupart des enfants, et le déchirement de quitter leur pays natal vers un inconnu et un avenir incertain.

« L’Algérie nous collait à la peau… L’Algérie irrémédiablement perdue » dira l’une… « Quitter l’Algérie a été un déchirement, c’était le paradis terrestre » dira une autre. Et une autre d’évoquer « les sensations d’Oran, les sons, le goûts de l’enfance, les odeurs, le toucher et les vues » qui la rattachent à ce passé insouciant et  heureux… un temps.

Une autre caractéristique commune sous tendue dans ces témoignages est le fort sentiment d’insécurité et de peur vécu avant, pendant et après les indépendances des trois pays du Maghreb et de l’Egypte. Les populations juives ont été confrontées à des attaques, menaces, intimidations qui ont forcé les familles à quitter leur pays d’origine. Ils ont du laisser leurs biens, leurs comptes ont été confisqués, sans un droit de retour comme ce fut le cas des juifs d’Egypte les rendant apatrides. Les juifs d’Algérie, eux perdirent pendant quatre ans leur statut de nationalité française.

En effet, de par leur statut de dhimis, les populations juives étaient soumises à des humiliations, des discriminations et des restrictions de droits, en échange de « protection » des gouvernements en place à différents degrés.

Un des points  qui relie toutes ces histoires de vie est le fort sentiment de solidarité familiale et la volonté d’appartenance communautaire et de regroupement.

Dans cette exode, il y eut parfois des dispersions et des séparations de parents et de fratries, mais persistait toujours « un besoin physique et moral de se retrouver entre nous, de garder des liens très forts entre les bandes de copains. » Les récits témoignent de la formidable énergie et de la volonté de rester forts et unis en recommençant une autre vie ailleurs.

« Pour mes parents, il fallait repartir à zéro, tout reconstruire. Nous français, nous étions devenus des exilés dans notre propre pays » dira l’une. « Pris entre la marteau et l’enclume, nous n’étions plus français et pas encore des rapatriés » dira une autre, illustrant cette terrible injonction : « la valise ou le cercueil« .

L‘exil a entrainé différentes attitudes qui peuvent se résumer aussi bien par une difficulté d’adaptation et d’intégration au pays d’accueil que par un grand courage et une détermination de s’en sortir, illustrés par ces témoignages : « Une nouvelle vie commence, mais la plaie n‘est pas refermée… à la douleur de l’exil, au déchirement de l’arrachement à la terre natale, s’ajoute le vide… » dira Albert. Et d’évoquer le mal-être dans la société d’accueil : « Après des années de chaleur humaine, ce qui m’a marquée, c’est notre voyage puis notre accueil en France, froid et pas toujours amical. Jamais je ne m‘étais sentie étrangère en Tunisie, ni rejetée, regardée d’un air hostile, un simple regard  parfois prolongé  nous mettait à part, hors de France, mais où ? » rajoute Sonia.

Ce livre précieux écrit avec émotion, passion et simplicité, illustre bien cette déchirure de l’entre-deux, avec son lot de souvenirs heureux ou malheureux gravés dans leurs mémoire, mais aussi de courage d’affronter une nouvelle vie, de se recréer de nouveaux repères et d’autres horizons. 

Cet ouvrage n’a pas vocation d’être un essai historique, scientifique ou politique, ou encore d’apporter un message mais constitue une plongée dans des existences ordinaires, des drames individuels qui sont un trésor mémoriel inestimable.

À lire et partager en famille.

L’intégralité des ventes de cet ouvrage sera consacrée aux institutions de la WIZO en Israël.

Mémoires d’exil, ouvrage collectif, édité par la WIZO. 30,00€.

Si vous désirez aller plus loin :

De la conquête à la rébellion : ce qu’était l’Algérie française, aux éditions Le Figaro Histoire. 13 pages. 8,90€.
Les français d’Algérie de 1830 à aujourd’hui, de Jeannine Verdès-Leroux, aux éditions Fayard. 512 pages. 10,00€.
Histoire de l’Algérie coloniale (1830-1954), de Benjamin Stora, aux éditions La Découverte. 128 pages. 10,00€.
Comment l’Algérie devint française, de Georges Fleury, aux éditions Tempus Perrin. 544 pages. 11,00€.
Juifs et Musulmans en Tunisie : Des origines à nos jours, de Abdelkrim Allagui, aux éditions Tallandier. 192 pages. 15,00€.
Histoire des Juifs en Afrique du Nord (tome 1) : En exil au Maghreb, de André Chouraqui, aux éditions du Rocher. 293 pages. 21,50€.
Histoire des Juifs en Afrique du Nord (tome 2) : Retour en Orient, de André Chouraqui, aux éditions du Rocher. 340 pages. 21,50€.
L’adieu. 1962, le tragique exode des français d’Algérie, de Jean-Baptiste Ferracci, aux Éditions de Paris. 207 pages. 22,00€.
Passeurs d’Orient : Les Juifs dans l’orientalisme, aux éditions de l’Eclat. 221 pages. 25,00€.
Les Juifs de Tunisie sous le joug nazi, sous la direction de Claude Nataf, aux éditions Le Manuscrit. 358 pages. 25,90€.
Sur les traces d’une diaspora juive en Afrique au Moyen Age, de Idrissi Bâ, aux éditions Les Indes Savantes. 576 pages. 36,00€.
L’oriental marocain, des siècles d’art culinaire juif, de Maguy Kakon, aux éditions La Croisée des Chemins. 280 pages. 60,00€.

Pour la jeunesse :

Algérie, une guerre française. Tome 1: Derniers beaux jours, de Philippe Richelle et Alfio Buscaglia, aux éditions Glénat. 80 pages. 15,95€.
Algérie, une guerre française. Tome 2 : L’Escalade fatale, de Philippe Richelle et Alfio Buscaglia, aux éditions Glénat. 56 pages. 14,95€.

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1 commentaire sur « Mémoires d’Exil » : cinquante membres de la Wizo racontent leur déchirure…

  1. C’est très triste car je connais ce sentiment en que juive syrienne-libanaise, nous avons du quitter notre pays où nous sommes nés mais privés de tous les droits civiques et enfin spoliés de tous nos biens après une vie de travail dans les métiers de l’artisanat et le libéral car on n’avait droit à rien.

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