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« Raymonde El Bidaouia », l’hommage de Yaël Abecassis à sa mère

La très belle Yaël Abecassis a choisi de consacrer un film à sa mère, Raymonde El Bidaouia, une véritable icône de la musique orientale, star incontestée aussi bien dans son Maroc natal qu’en Israël.

À l’origine, rien ne pouvait laisser présager un tel destin pour cette femme d’origine humble, née à Casablanca, et qui n’a jamais appris à chanter. Mariée à treize ans, mère à quatorze, puis divorcée, elle arrive en Israël en 1963.

Et c’est sur cette terre d’adoption qu’elle décide de mener ce qui sera la grande aventure de son existence : chanter un répertoire composé de chansons folkloriques marocaines, de chants traditionnels et de ses propres compositions, le tout en arabe. Et c’est le succès. Énorme, évident, populaire.

En Israël, elle a rencontré Maurice, qui sera l’homme de sa vie et avec lequel, très vite, elle donne naissance à Yaël. Mais Maurice vit mal le succès de son épouse, ses concerts, le travail incessant, ce tourbillon de musique, de paillettes et de gloire. Il s’absente souvent, tente de  quitter Raymonde, en vient même à abandonner sa propre fille lors d’un séjour à Paris. Il y a de l’amour dans cette famille, mais trop de bruits, de perturbations, d’orages. On ne vit pas, on survit.

Le couple a un second enfant, le petit Eliel, mais quelques mois à peine après sa naissance, le père meurt dans un accident de voiture.

Raymonde ne se remettra jamais tout à fait de cette perte. Elle va vivre une lente et poisseuse dépression qui l’empêche de vivre, l’empêche d’être une mère, l’empêche de supporter le quotidien. Elle s’abreuve encore plus qu’avant, de musique, d’applaudissements, de travail.

De son propre et terrible aveu, elle « chantait la nuit et boitait sa vie ».

Alors, Yaël, onze ans tout juste, va devenir la mère d’Eliel, s’en occuper, l’aider à vivre, à avancer, à poursuivre le chemin. La mère est loin, occupée, affairée. Puis, le temps passant, Yaël va également,— et on y assiste dans le film —, s’occuper de sa mère, devenir « la mère de sa mère ». Une mère qui ne peut pas vivre « normalement », une mère qui se déclare malade, et malade de la pire des maladies : « malade de moi ».

C’est un bien étrange exercice auquel nous convie Yaël Abecassis, comme une sorte de psychanalyse sans filet, et psychanalyse autant du parent que de l’enfant. Et ce n’est pas un hasard si, vers la fin du film, Yaël, à son tour, est malade, comme si elle voulait amener sa mère a, enfin, in extremis, s’occuper d’elle.

Raymonde El Bidaouia chante l’amour, les tourments, les peines avec humour, énergie et vitalité, elle donne de l’espoir à des milliers de ses fans, mais elle n’a pas su donner l’espoir à ses propres enfants et elle n’a pas su se faire aimer. Etrange paradoxe.

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