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1/5. Inquisition espagnole, 1478 : la fin de l’âge d’or du judaïsme dans la péninsule ibérique.

Depuis des millénaires, l’histoire du Peuple Juif est ponctuée d’événements tragiques, depuis l’esclavage en Egypte jusqu’à l’Holocauste, en passant par la destruction des Temples de Jérusalem et l’exil à Babylone. Mais parmi toutes ces dates, souvent synonymes de catastrophes, l’année 1492 revêt un aspect particulier.

Rome, 1231. Afin de démasquer et condamner l’hérésie, le pape Grégoire IX publie la bulle Excommunicamus, donnant ainsi naissance au premier tribunal de l’Inquisition, obscur « bras armé » de l’Église. Prévoyant la détention ou la peine de mort à l’encontre des hérétiques, la sainte institution est dirigée par des « grands inquisiteurs », exclusivement dominicains ou franciscains.

Un siècle et demi plus tard, le 6 juin 1391, les premières émeutes antisémites débutent de l’autre côté de la Méditerranée, en Espagne, où deux synagogues de Séville sont converties en églises, et 5.000 Juifs assassinés. Connues sous le nom de « baptêmes sanglants », ces violences vont s’étendre en Castille et en Aragon jusqu’aux villes de Cordoue, Tolède, Valence, Palma de Majorque ou encore Barcelone où « El Call », le quartier juif de la ville, sera presque totalement incendié. Au cours des persécutions anti-juives qui dureront deux mois, plusieurs dizaines de milliers de Juifs seront assassinés à travers tout le pays.

Au fil des siècles, les Juifs se sont hissés aux échelons les plus élevés de la société espagnole, servant les souverains et prospérant dans la médecine, la diplomatie, l’usure… Mais en raison de graves problèmes politiques et économiques secouant le pays, ils vont devenir une cible, et la raison de tous les maux de la Couronne de Castille. Surveillés et contraints à la conversion, ceux qui refusent d’épouser la foi catholique seront torturés ou brûlés. Une vague de violence sans précédent qui aboutira un siècle plus tard à leur expulsion du royaume.

En 1478, Isabelle de Castille et son époux Ferdinand d’Aragon, dont le mariage a été arrangé dans l’ombre par Tomas de Torquemada, futur grand inquisiteur, qui plus est confesseur et conseiller d’Isabelle, décident d’unifier politiquement, et surtout religieusement, le royaume. Ils obtiennent du pape Sixte IV l’approbation de l’établissement d’une inquisition en Espagne. Les souverains se voient de plus octroyer le droit de nommer eux-mêmes les inquisiteurs de leur choix.

« La raisonnable demande qui vient de nous être présentée de votre part expose qu’en divers cités de vos terres, nombre de ceux qui, de leur propre gré, avaient été régénérés en Jésus-Christ par le baptême, se sont permis de prendre l’apparence de chrétiens pour retourner aux rites et coutumes des Juifs. Nous vous autorisons à désigner des hommes que vous jugerez dignes, à qui nous accordons, à l’égard de tous ceux accusés de crimes contre la foi, les droits particuliers tels que la loi attribue aux inquisiteurs de l’hérésie. »

Extrait de la bulle papale Exigit sincerac devotionis affectus, instaurant l’Inquisition espagnole.

Sous la direction du premier Grand Inquisiteur général de Castille, puis plus tard d’Aragon, de Valence, de Léon et de Catalogne, le sinistre et cruel dominicain Tomas de Torquemada, l’Inquisition débute sa traque aux hérétiques. Durant une quinzaine d’années, Torquemada donnera à l’Inquisition une puissance sans précédent dans son histoire. Environ 2.000 personnes seront jugées ou assassinées sous sa direction : mystiques, sorciers, blasphémateurs, bigames, sodomites et bien évidemment Juifs, « marranes » en espagnol, ces « conversos » que l’on soupçonnait de judaïser en secret.

Le 31 mars 1492, le décret de l’Alhambra est signé à Grenade par Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon. Les Juifs d’Espagne ont quatre mois pour se convertir au catholicisme, faute de quoi ils seront expulsés. Malgré « l’importance de protéger les Juifs dans les droits qui sont les leurs et l’impossibilité de convertir par la force un non-chrétien » demandé par le pape lui-même lors de la création de l’Inquisition, des centaines de milliers de Juifs, représentant alors entre 8 et 10% de la population du pays, se verront contraints à la conversion ou à l’exil. On estime entre 100.000 et 150.000 le nombre d’israélites qui refuseront d’abroger leur foi, et choisiront par conséquent de fuir.

Une grande partie de cette diaspora va alors gagner le bassin méditerranéen, du Maghreb à Salonique en passant par l’empire Ottoman, où ils sont accueillis à bras ouverts par le sultan Bajazet II.

« Vous appelez Ferdinand un monarque avisé, lui qui a appauvri son empire et enrichi le mien ? »

Sultan Bajazet II.

Abolie en juillet 1834, l’Inquisition espagnole serait responsable de quelques 30.000 condamnés à mort en un peu plus de trois siècles d’existence.

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2/5. Madrid, une cité-rempart pour Tolède



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Passeurs d’Orient : Les Juifs dans l’orientalisme, éditions de l’Eclat. 220 pages. 25,00€.
Les Juifs dans l’Espagne chrétienne avant 1492, éditions Albin Michel. 137 pages. 7,20€.
Juda Halévi, d’Espagne à Jérusalem, éditions Albin Michel. 172 pages. 8,90€.
Les rois catholiques, ou L’Espagne sous Ferdinand et Isabelle (1474-1515), éditions Hachette BNF. 174 pages. 12,80€.
L’élixir de l’immortalité, de Gabi Gleichmann, aux éditions Grasset. 550 pages. 19,85€.

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2 commentaires sur 1/5. Inquisition espagnole, 1478 : la fin de l’âge d’or du judaïsme dans la péninsule ibérique.

  1. Cet article est très intéressant , merci de l’avoir mis a notre disposition , on ne manquera pas la suite !
    L’être humain a tout le bien et tout le mal en lui il faut être très mauvais pour inventer de tels instruments de torture !!! Que de crimes horribles envers les juifs ont été commis et le sont toujours aujourd’hui ! La bêtise et la méchanceté en sont la cause !

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