Ad

« Le pacte des diables » : au coeur du traité de non-agression germano-sovietique

A l’été 1939, huit jours avant le déclenchement de la Seconde guerre mondiale, Joachim Von Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères du Reich, et Viatcheslav Molotov, bras droit de Staline, signent un accord aussi incroyable qu’inattendu : le pacte germano-soviétique de non-agression. Moins de deux ans plus tard, celui-ci volera en éclats…

Adolf Hitler ayant fait de son combat contre le communisme son « fonds de commerce », cet accord paraît pour le moins étrange et… compliqué à justifier. Bien que stratégiquement et économiquement nécessaire —  les matières premières de Moscou étant essentielles à la puissance militaire de Berlin, et l’industrie militaire allemande au régime de Moscou —, l’alliance maudite mettra les dirigeants des deux dictatures dans une situation fort inconfortable. 

Document court — seulement sept paragraphes —, il prend effet immédiatement et détermine les lignes politiques et territoriales de chaque camp. Les frontières tracées à la hâte, la Pologne est divisée en deux, le Reich allemand héritant des ⅔ de sa population, dès lors réduite au rang de “sous-classe”. 

Dès le lendemain de la signature, les relations officielles entre les deux états se veulent plus dociles : la presse soviétique cesse de critiquer l’Allemagne nazie, les livres antifascistes sont retirés des bibliothèques, l’industrie cinématographique nettoyée des reportages ou films évoquant les persécutions nazies contre les Juifs… L’Allemagne quant à elle fera de même.

Au cours du seul mois de septembre 1939, alors que le conflit vient à peine de débuter, 12.000 officiers polonais vont être assassinés, tandis que 22.000 fonctionnaires seront massacrés à Katyn quelques mois plus tard par la police politique soviétique. Entre 1940 et 1941, on estime à plus d’un million et demi le nombre de personnes déportées de Pologne, Hitler procédant à un « nettoyage ethnique », son homologue russe à un « nettoyage politique ». 

“Staline et moi sommes les seuls qui aient une vision de l’avenir. Dans quelques semaines, je vais donc tendre la main à Staline à la frontière commune germano-russe et, avec lui, entreprendre de redistribuer le monde. J’ai donné l’ordre et j’abattrai quiconque énonce la moindre critique.”

Adolf Hitler, Berchtesgaden, août 1939. 

Toutefois, une minorité de communistes, ukrainiens et biélorusses entre autre, accueillit favorablement l’armée rouge, donnant naissance un cliché solidement ancré : le judéo-bolchévisme. Après tout, puisque beaucoup de communistes étaient juifs, beaucoup de juifs devaient être communistes. 

Relativement méconnu, ce traité marque également le début des persécutions contre les Juifs dans les territoires occupés. Ils vont être expropriés ou déportés dans le meilleur des cas, purement et simplement exécutés dans le pire. Situés tout en bas de l’échelle raciale, les allemands vont dans un premier temps « repousser » les Juifs vers la partie soviétique, laissant à Staline la gestion de cette encombrante population. Le 13 septembre 1939, en une seule journée, plus de 16.000 d’entre eux vont être envoyés de l’autre côté de la toute jeune frontière. Quant à ceux restés sur place, confinés dans des ghettos — Lodz, Cracovie, Varsovie… —, ils pensaient alors que les choses ne pourraient pas être pires.

La vitesse d’invasion des nazis prit Staline au dépourvu, et faillit bien lui faire perdre les territoires si fraîchement acquis s’il ne lançait pas ses troupes. Certes, ce pacte de non-agression assurait à Moscou une certaine « sécurité », mais il n’en était pas moins inquiet d’avoir pour voisin direct — et désormais  frontalier — une puissance militaire que rien ne semblait arrêter.  

Moins de deux ans plus tard, ses craintes s’avèreront fondées. Le 22 juin 1941, Adolf Hitler ordonne d’ « écraser la Russie soviétique dans une campagne rapide ». L’opération Barbarossa était lancée. 

Signé de l’un des plus grands spécialistes de la Seconde guerre mondiale, Roger Moorhouse, Le pacte des diables a fait l’objet de centaines d’heures de recherches dans des archives encore inédites, dévoilant les aspects les plus confidentiels de cette alliance qui allait durablement redessiner l’Europe. 

En toute fin d’ouvrage, le lecteur pourra également retrouver les sept paragraphes du traité, ainsi que le « protocole secret », tous deux datés et signés du 23 août 1939 par Ribbentrop et Molotov.

Un voile levé sur l’Histoire. Passionnant.

Le pacte des diables. Une histoire de l’alliance entre Hitler et Staline (1939-1941), de Roger Moorhouse, aux éditions Buchet-Chastel. 544 pages. 26,00€.

Si vous désirez aller plus loin :

Ribbentrop, de Michaël Bloch, aux éditions Tempus Perrin. 864 pages. 12,00€.
Le jeune Staline, de Simon Sebag Montefiore, aux éditions Livre de Poche. 766 pages. 15,00€.
Barbarossa 1941. La guerre absolue, de Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri, aux éditions Passés composés. 956 pages. 31,00€.

Partagez vos impressions

Cet article vous intéresse ? Laissez un commentaire.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.