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« Mikado d’enfance » : les jeunes années du spécialiste de la littérature juive

Gilles Rozier, écrivain, éditeur, fait travailler sa mémoire d’enfant et nous livre avec Mikado d’enfance un panorama vivant et concis d’une période qui l’a particulièrement marqué.

Dans les années 70, il avait quinze ans : « Il » ? ou « Je » ? Le récit navigue entre l’autobiographie et le récit où le je et le il se mêlent, ainsi que la petite histoire dans la Grande Histoire. Sont entremêles aussi bien les malaises familiaux, les troubles de l’adolescence que les conflits sociaux et politiques.

Tout commence, au moins dans l’esprit du narrateur, avec une note envoyée par une connaissance, Jacques, lui rappelant une anecdote d’une certaine époque assez éprouvante et restée totalement enfouie en lui.

Le jeune Gilles vit alors dans la petite ville de Vizille, vers l’Alpes-d’Huez. Son père est directeur d’usine et fournit du travail aux ouvriers de la commune alors que des mouvement sociaux se déroulent avec l’appui des syndicats. Gilles, le fils du patron, que tous surnomment « filliste » à cause de son aspect frêle et de ses yeux bleus, est dans un nouveau lycée et se lie d’amitié avec quelques étudiantes. Mais il est surtout impressionné par deux jeunes hommes, Vincent et Pierre, véritables coqueluches de l’école.

En milieu d’année, un épisode traumatisant va venir bouleverser son quotidien. Parmi ses professeurs, il est un certain Monsieur Guez, professeur d’anglais, qui sera la cible de quelques lycéens. Pour tenter de s’attirer les bonnes grâces de ses camarades, pour se faire aimer et s’intégrer dans leur groupe, Gilles fournira des renseignements sur ce professeur à qui Vincent et Pierre veulent jouer un tour, « en toute innocence ». Pour plaisanter seulement.

Mais l ‘amusement sera de courte durée. A son insu, la farce tourne au drame quand il apprend que le message envoyé au professeur, juif séfarade, est un papier immonde à caractère profondément antisémite.

Jusque-là, la famille vivat un judaïsme très discret, qui restait dans la sphère privée, avec des non-dits familiaux, sans aucune attache à la pratique religieuse. La Shoah et la dualité des ashkénazes et des séfarades constituaient les seules références au judaïsme.

Le récit est fluide, concis, avec une accumulation de détails de la vie quotidienne inscrite dans le contexte social et politique des années 75. Nous assistons à la formation de l’identité de Gilles, entre interrogations, conflits et réparations de celui qui va devenir un spécialiste de la culture juive.

Gilles Rozier est l’auteur de six romans dont Un amour sans résistance, La promesse d’Oslo, D’un pays sans amour, et est également éditeur des éditions l’Antilope qui ont publié un vingtaine de romans rendant compte de la richesse et des paradoxes de l’existence juive et universelle.

Mikado d’enfance, de Gilles Rozier aus éditionsde l’Antilope. 138 pages. 18,00€.

Si vous désirez aller plus loin :

Un amour sans résistance, de Gilles Rozier, aux éditions Folio. 192 pages. 7,40€.
D’un pays sans amour, de Gilles Rozier, aux éditions Grasset. 444 pages. 21,90€.

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