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« Un vivant qui passe » : frisson garanti sur les planches du théâtre de l’Atelier

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Le comédien Sami Frey, tout en retenue et sensibilité, nous livre une lecture de la transcription de l’entretien de Claude Lanzmann avec le Docteur Maurice Rossel en 1979, lors du tournage de « Shoah ».

Maurice Rossel était alors le représentant du CICR, le Comité International de la Croix Rouge, chargé par les allemands d’enquêter sur les conditions de vie des prisonniers ou internés et déportés.

Il nous donne à entendre comment ce haut-fonctionnaire a été berné, aveuglé par les manipulations et les mensonges du gouvernement allemand. Le docteur devait être les yeux de ce qui se passait dans les camps pour ensuite en faire un rapport détaillé. Mais voilà, il ne voit rien, ne ressent rien, ne s’étonne de rien, ne juge ni ne condamne personne et ne décèle pas la moindre part de barbarie ni d’inhumanité. Il trouvera  tout « satisfaisant »… Le piège fonctionna à merveille.

Il faut signaler que lors de sa visite à Auschwitz en 1942, il n’y resta que deux heures, sans voir ni les baraquements, ni les fours crématoires, ni la gare. Il vit tout de même des vivants qui passaient.

Puis s’arrêté une demi-journée à Theresienstadt en mai 1944, qui était « un ghetto modèle » à montrer. Là aussi, il se laisse abuser par la mise en scène organisée par les SS et ne voit pas l’horreur derrière la parodie. C’était une population âgée d’ « israélites » appartenant à la bourgeoisie juive et constituée de fonctionnaires, d’hommes politiques, d’artistes et d’intellectuels qui, selon lui, bénéficiaient d’un statut privilégié.

Ce qui ne les a pas empêchés d’être déportés et gazés dans les camps d’Auschwitz, Treblinka, Sobibor et Belzec, trois mois après sa visite.

Derrière la vitrine d’une organisation modèle avec des manifestions culturelles de qualité, la population vivait dans des conditions effroyables de malnutrition, de misère et de promiscuité.

Cet interview faite de questions de Claude Lanzmann qui ne cesse d’interroger, d’interpeler, de solliciter des aveux, apporte des réponses évasives, hésitantes, parfois confuses de la part du docteur, magistralement bien rendu par le jeu tout en finesse de Sami Frey.   

Suite à cet entretien, le docteur Rossel écrira à Lanzmann en 1979 ces quelques lignes :

« Maintenant octogénaire, je ne me souviens plus très bien de l’homme que j’étais alors. Je me crois plus sage ou plus fou, et c’est la même chose.« 

Un texte déchirant, une écriture magistrale, et une interprétation digne d’un de nos plus grand comédiens.

Sami Frey a joué dans plus de vingt pièces de théâtre, quarante films, et a été récompensé par  quatre prix.

Lecture à entendre — et à voir — en urgence.

Un vivant qui passe, actuellement au théâtre de l’Atelier.

Si vous désirez aller plus loin :

Un vivant qui passe. Auschwitz 1943, Theresienstadt 1944, de Claude Lanzmann, aux éditions Folio. 80 pages. 5,00€.
Shoah, de Claude Lanzmann, aux éditions Gallimard. 288 pages. 8,60€.
Retour indésirable, de Charles Lewinsky, aux éditions Livre de Poche. 720 pages. 8,90€.
Le dernier des injustes, de Claude Lanzmann, aux éditions Gallimard. 144 pages. 13,50€.

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