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« Vincenzo Gemito. Le sculpteur de l’âme napolitaine », au Petit Palais

Vincenzo Gemito était un enfant perdu, il aura passé sa vie entière à se chercher, en vain. Le destin n’est pas bon enfant.

Issu des bas-fonds de Naples, elle-même bas-fond de l’Italie au XIXème siècle, Gemito trouve très vite sa vocation grâce aux fabricants de poupées pour la crèche de Noël. Il s’exerce et réussit, acquérant très tôt la technique du modelage, l’anatomie, l’efficacité du trait et l’art du relief.

Tout jeune – il n’a pas encore dix-huit ans -, il est l’auteur d’un étonnant joueur de cartes qui fait sensation. C’est un coup d’éclat dans lequel il manifeste déjà une étonnante maîtrise de la forme. Tout est présent de ce qui fera son art, et d’abord l’éblouissante précision maniaque dont il fait preuve, dans le plâtre, la cire, et bientôt le bronze, précision comparable à celle du Bernin mais dans d’autres matériaux.

Vincenzo Gemito est injustement ignoré par l’Histoire de l’Art, mais c’est peut-être parce qu’issu de la plèbe, il ne cherchera jamais à l’oublier ni à le masquer. Sa statuaire ne se soucie pas de l’antique – que par ailleurs il connaît et admire, et à laquelle il viendra à l’extrême fin de sa vie -, mais des petites gens, des êtres de misère, de ceux-là qui survivent d’un rien. C’est ainsi qu’il fera, à Paris, un scandale en présentant son Petit pêcheur, accroupi sur son rocher, et tordant entre ses mains serrées le menu fretin dont il vient de s’emparer. Les membres sont grêles, le visage ingrat et le ventre est déformé comme celui de qui ne mange pas à sa faim.

Une des caractéristiques majeures des bustes de Gemito réside dans le fait que les personnages baissent les yeux, ou les détournent de façon humble et gênée, peu fiers de figurer parmi les modèles de l’art, surpris dans leur quotidien dénué d’aurore. Il échouera à faire le portrait de Guiseppe Verdi, alors au sommet de sa gloire, tant que celui-ci paraîtra enorgueilli de son œuvre. Gemito attendra que Verdi se mette à jouer du piano, enfin penché, et se mettant au service de la musique et non à celui de son nombril.

Vincenzo Gemito perdra la raison de perdre, successivement, les deux modèles et femmes de sa vie ; il ne sera plus guère, après le second deuil, qu’une ombre qui parvient encore à défier la matière, à coups de burin et de volonté.

Vincenzo Gemito était un enfant de Naples, qui, désormais, le lui rend bien.

Vincenzo Gemito. Le sculpteur de l’âme napolitaine, au Petit Palais – Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, jusqu’au 26 janvier 2020.

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