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« La voix des témoins », ou la longue transmission d’un héritage sombre…

Actuellement et jusqu’en janvier 2021, le Mémorial de la Shoah de Paris présente La voix des témoins, une exposition qui retrace, au travers de témoignages vibrants, le long et difficile parcours du « témoin » dans l’histoire de la Shoah, et la manière dont celui-ci doit perdurer, à une heure où les derniers rescapés des camps de concentrations nazis disparaissent. 

Parmi ces témoignages, sept voix à la résonance particulière, comme pour faire écho aux sept décennies qui nous séparent de cet événement ancré dans la Mémoire collective. La voix des témoins n’est pas une exposition classique, mais plutôt un « parcours d’écoute » comme le précise Léa Veinstein, commissaire scientifique de l’exposition.

Sept voix donc. Et pas des moindres : Imre Kertész, auteur de Kaddish pour l’enfant qui va naître, Marceline Loridan, Primo Levi, dont le magnifique Si c’est un homme sera refusé par nombre de maisons d’édition volontiers amnésiques, Elie Wiesel, Samuel Pisar, Aharon Appelfeld, l’un des plus grands représentants de la littérature hébraïque avec pas moins de quarante-cinq livres publiés, et bien entendu Simone Veil, dont l’entrée en politique dès 1974 – et la notoriété qu’elle va lui conférer – vont lui permettre de raconter. La déportation avec sa soeur et sa mère. Auschwitz. Les marches de la mort. Le retour au Lutetia. Les déportés politiques que l’on accueille comme des héros, et les déportés raciaux que l’on voit ne même pas. Inlassablement, Simone Veil va parler, se livrer, témoigner. Deux fois ministre, présidente du Parlement Européen, membre du Conseil Constitutionnel… Un parcours hors-normes et exceptionnel qui a permis d’engendrer quantité de documents.

Cinq périodes-clés composent le parcours de l’exposition, qui débute sur les tout premiers témoignages connus, clandestins, parfois rédigés en yiddish, enfouis dans les terres du camp de Birkenau par les sonderkommandos, acteurs privilégiés de la Solution Finale dont le rôle consistait à accompagner les victimes jusqu’aux chambres à gaz, puis à incinérer les corps dans les fours crématoires. Bien entendu, aucun des auteurs de ces manuscrits retrouvés n’a survécu. Des premiers « témoignages » aux allures de résistance.

« Vous ne me faites pas peur, pas peur du tout. J’ai survécu à pire que vous. Vous n’êtes que des SS aux petits pieds. »

Simone Veil.

Au fil de la visite, et tandis que résonnent ces sept voix au nom des millions de Juifs assassinés, le visiteur découvrira de rares documents : les journaux d’Hélène Berr et celui d’Anne Frank bien sûr, qui contribuera largement à faire connaître la Shoah, Une petite fille privilégiée de Francine Christophe, Au nom de tous les miens, de Romain Gary, ou encore Maus, d’Art Spielgelman ; le premier témoignage télévisuel de Marceline Loridan évoquant son père devant la caméra, ainsi qu’une rare archive audio de Primo Levi datant de 1983, et traduite en français pour l’occasion ; des extraits vidéo dont le procès d’Adolf Eichmann à Jérusalem, premier procès télévisé qui mettra en lumière la Solution Finale, ainsi que le fameux meeting du 8 juin 1979 dans lequel Simone Veil, prise à parti par des représentants de l’extrême-droite, leur réponds magnifiquement : « Vous ne me faites pas peur, pas peur du tout. J’ai survécu à pire que vous. Vous n’êtes que des SS aux petits pieds ».

On (re)découvrira également avec plaisir et émotion les plus grandes oeuvres cinématographiques traitant de l’Holocauste, du monumental Shoah de Claude Lanzmann à La liste de Schindler de Steven Spielberg, en passant par Nuit et Brouillard d’Alain Resnais, La vie est belle de Roberto Benigni, sans oublier Le pianiste de Roman Polanski, lui-même rescapé du ghetto de Cracovie. Un chef-d’oeuvre couronné par une Palme d’Or à Cannes, sept César et trois Oscar.

L’ultime salle, ponctuant un riche voyage dans plus de soixante-dix ans d’Histoire et de confidences, accueille une large bibliothèque remplie d’ouvrages dont la particularité est que tous ont été publiés entre 1945 et 1949, soit immédiatement après le « retour » des rescapés de la Shoah.

Alors certes, les éditeurs ne se bousculèrent pas à l’époque, les ventes seront faibles, mais ces publications, dont les auteurs sortaient à peine de l’enfer, ne représentent-elles pas en elles-mêmes un acte de résistance ?

Si la fin du parcours est ponctué par la panthéonisation de Simone Veil et son époux en juillet 2018, cet événement historique au retentissement national ne constitue en rien la fin du combat. Au contraire. Si aujourd’hui nous disposons de milliers de témoignages, il est essentiel pour les générations futures de faire perdurer la présence de ces témoins, et de leurs paroles.

« Un peuple qui oublie son histoire est condamné à la revivre. »

Winston Churchill.

À une heure où certains pensent que c’est en déboulonnant des statues et en effaçant le passé que l’on écrit l’avenir, ces mots du grand Winston Churchill résonnent d’une manière particulièrement juste…

La voix des témoins, jusqu’au 29 août 2021 au Mémorial de la Shoah.

Si vous désirez aller plus loin :

Holocauste, une nouvelle histoire, de Laurence Rees, aux éditions Livre de Poche. 872 pages. 9,90€.
Histoire de la Shoah, de Georges Bensoussan, aux édition PUF. 128 pages. 9,00€.
Atlas de la Shoah. La mise à mort des Juifs d’Europe. 1939-1945, de Georges Bensoussan, aux éditions Autrement. 96 pages. 19,90€.

Et pour la jeunesse :

Si je reviens un jour. Les Lettres retrouvées de Louise Pikovsky, de Stéphanie Trouillard et Thibaut Lambert, aux éditions Des ronds dans l’O. 112 pages. 20,00€.
La Shoah, des origines aux récits des survivants, de Philip Steele, aux éditions Gallimard jeunesse. 96 pages. 19,95€.
Histoire de la Shoah : de la discrimination à l’extermination, de Clive A. Lawton, aux éditions Gallimard jeunesse. 8 pages. 14,00€.
Auschwitz, de Pascal Croci, aux éditions EP. 64 pages. 16,00€.

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